Quels métiers sont menacés par l'intelligence artificielle (IA) ?
métro, boulot, robot •L’intelligence artificielle bouleverse le monde du travail. Certains métiers pourraient disparaître face à cette révolution technologique
Fostine Carracillo pour 20 Minutes
L'essentiel
- La France se mobilise pour encadrer l'essor de l'IA, qui pourrait transformer 40 % des emplois.
- Des secteurs comme les services clients, le développement informatique ou la comptabilité figurent parmi les plus exposés.
- Les métiers créatifs et relationnels, eux, conservent un avantage humain unique.
Alors que l’intelligence artificielle redéfinit nos vies et nos métiers, la France se positionne comme un acteur central de son développement responsable. Début février, Paris accueillera un sommet mondial ambitieux, avec pour objectif de lever 2,5 milliards d’euros sur cinq ans pour créer une fondation dédiée à l’IA « au service de l’intérêt général ». Cette structure ambitionne de centraliser des données utiles, gratuites pour les chercheurs et accessibles à prix modique pour les start-ups, tout en imposant une tarification aux entreprises privées.
Au-delà du financement, ce sommet vise à poser les bases d’une gouvernance internationale et à former une coalition pour une IA durable. Emmanuel Macron et Narendra Modi co-présideront l’événement, qui réunira figures politiques et leaders technologiques, dont Sam Altman, cofondateur d’OpenAI. Si ce sommet reflète l’énorme potentiel de l’IA, il intervient dans un climat de craintes face à l’automatisation et ses impacts sur l’emploi.
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Des milliers d'offres d'emploi en un clicL'intelligence artificielle redessine le paysage de l’emploi
« L’IA générative touchera 40 % des emplois dans le monde. Et plus le poste est qualifié, plus il est concerné. Dans les économies avancées et certains pays émergents, ce chiffre grimpe à 60 % », a averti Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI). Une déclaration lourde de sens, appuyée par un rapport du FMI publié entre le CES 2024 de Las Vegas, où l’IA régnait en maître, et le Forum de Davos, où ses implications économiques étaient au cœur des discussions.
Si ces chiffres inquiètent, la réalité est nuancée. Certes, l’IA pourrait accentuer les inégalités salariales, profitant davantage aux travailleurs déjà bien rémunérés. Selon le FMI, ces derniers verraient leurs salaires croître démesurément grâce aux gains de productivité permis par l’IA. En revanche, les classes moyennes pourraient en faire les frais.
L’idée d’un monde sans travail humain, avancée par Elon Musk, reste cependant une extrapolation extrême. Les analyses de Goldman Sachs, publiées en mars 2023, révèlent une autre perspective : si deux tiers des professions sont exposées, toutes ne disparaîtront pas. Au contraire, la plupart des emplois, souligne le rapport, seront davantage complétés que remplacés. Ainsi, l’IA générative pourrait redéfinir jusqu’à un quart du travail, mais sans éclipser l’humain.
Les métiers les plus menacés par l’intelligence artificielle
Une étude menée par OpenAI, Open Research et l’Université de Pennsylvanie a révélé les professions les plus exposées à la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Des secteurs entiers, tels que les nouvelles technologies, les médias, la formation, le marketing, le juridique, la finance ou les services clients, pourraient être profondément transformés.
Ironie du sort, les développeurs informatiques, pourtant au cœur de cette révolution, figurent parmi les plus menacés. Les IA, comme ChatGPT-4, surpassent déjà les humains en rapidité et en précision pour coder ou résoudre des problèmes complexes.
Découvrir le métier de développeur informatiqueLes services clients suivent cette même trajectoire : d’ici 2027, un quart des entreprises mondiales privilégieront les chatbots comme principal moyen d’interaction, selon le cabinet Gartner. Les conseillers téléphoniques, juridiques ou financiers risquent également de céder leur place à des solutions automatisées plus efficaces et disponibles à toute heure.
Même les métiers manuels ne sont pas épargnés. En Chine, des imprimantes 3D pilotées par des IA révolutionnent déjà le secteur du bâtiment, reléguant les maçons à des rôles d’assistance face à ces machines de nouvelle génération.
Des métiers face à la montée des machines
La robotisation et l’automatisation redessinent le marché de l’emploi, amplifiant les inégalités de revenus et frappant de plein fouet les métiers peu qualifiés. Chauffeurs, hôtesses de caisse, vendeurs ou ouvriers, nombreux sont ceux déjà remplacés par des technologies avancées. Véhicules autonomes, bornes en libre-service et robots dans les usines accélèrent cette transition, et l’intelligence artificielle ne fait que renforcer cette dynamique.
C'est dans les services à la clientèle ou les postes administratifs que le risque semble le plus tangible : là où la machine peut répondre instantanément et sans fatigue, l’humain peine à justifier sa présence.
L’automatisation face aux métiers : un défi pour les secrétaires ?
Selon une étude du cabinet McKinsey, l’automatisation pourrait bouleverser 30 % des heures de travail d’ici 2030. Parmi les professions les plus exposées, celle de secrétaire semble particulièrement vulnérable. Occupant près de cinq millions de postes en Europe, ce métier repose largement sur des tâches répétitives : rédaction d’e-mails, gestion de plannings, organisation de réunions ou traitement administratif. Des missions que l’intelligence artificielle peut désormais accomplir avec une efficacité redoutable.
Toutefois, l’idée d’une disparition totale de cette profession reste incertaine. Le poste de secrétaire repose aussi sur des qualités humaines essentielles, comme l’écoute, la réactivité et une capacité à naviguer dans des relations interpersonnelles complexes. Ces aspects, loin d’être le point fort de l’IA actuelle, confèrent encore à cette profession une valeur ajoutée qu’aucune machine ne saurait imiter pleinement.
Découvrir le métier de secrétaireIA : partenaire ou concurrente ?
L’intelligence artificielle reste aujourd’hui davantage un outil qu’une menace. Dans de nombreux domaines, elle se positionne comme un allié des professionnels, leur permettant de repousser les limites de la productivité et de la créativité. Les designers et créateurs, par exemple, bénéficient de systèmes d’IA capables de décrypter des concepts visuels avec une finesse remarquable. Architectes, illustrateurs ou game designers peuvent ainsi accélérer leurs projets tout en enrichissant leur travail.
Découvrir le métier d'architecteDu côté des rédacteurs et éditeurs, des outils comme ChatGPT produisent des textes en un temps record. Mais l’originalité et la sensibilité humaine restent des qualités inégalées qui permettent aux professionnels de se démarquer face à l’automatisation. La comptabilité, quant à elle, voit ses standards redéfinis par l’IA, capable d’analyser des données et de réduire les erreurs. Cependant, les interprétations complexes et les relations client conservent leur dimension humaine.
Dans le télémarketing, les robots conversationnels ont pris une place grandissante, mais peinent encore à gérer des interactions nuancées. Ces limites laissent aux humains un rôle central dans la résolution de problèmes spécifiques. Enfin, dans le conseil, l’IA excelle dans l’analyse et les recommandations, mais elle ne remplace pas la créativité ou la réflexion stratégique des consultants. Elle agit plutôt comme un levier, enrichissant leur travail sans s’y substituer.
Si l’IA impressionne par sa précision et son efficacité, elle reste pour l’instant un partenaire, amplifiant les capacités humaines tout en laissant l’essence de l’innovation et de l’intuition entre nos mains.
Là où l’IA reste impuissante
Si l’intelligence artificielle progresse à une vitesse fulgurante, certains métiers semblent hors d’atteinte. L’IA, malgré ses prouesses, ne parvient pas à s’imposer là où l’émotion, l’intuition et l’interaction humaine sont essentielles. Dans les métiers créatifs, comme ceux des artistes ou des graphistes, la machine peut imiter un style ou reproduire un visage, mais elle reste incapable de concevoir une œuvre originale habitée par la pensée et l’émotion.
Du côté des professions manuelles, comme celles des menuisiers, agriculteurs ou mécaniciens, la précision de l’IA n’égale pas la pratique intuitive et physique qui caractérise ces métiers. Quant à l’enseignement, les enseignants conservent un rôle unique : celui de comprendre et d’adapter leurs méthodes aux besoins individuels des élèves, un talent que l’IA, sans sensibilité ni regard, ne saurait égaler.
Enfin, dans les domaines du bien-être et de la santé, qu’il s’agisse de coiffeurs, de médecins ou de psychologues, la relation humaine est irremplaçable. Écoute, empathie, accompagnement sur le long terme : autant de qualités que la machine ne possède pas. Et pour des métiers comme ceux des policiers, pompiers ou secouristes, l’imprévu et l'accompagnement resteront toujours au cœur de l’action.
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