Toulouse : Les véhicules les plus polluants bannis à partir d'avril 2021
POLLUTION•La création de la zone à faibles émissions, un périmètre où les véhicules les plus polluants sont interdits, devrait être validée d’ici les semaines à venir pour une mise en œuvre à partir d’avril prochain
Béatrice Colin
L'essentiel
- Le trafic routier reste la source de pollution de l’air la plus importante à Toulouse, selon le dernier bilan d’Atmo.
- Pour la réduire, une zone à faible émission va être déployée à compter du printemps prochain et doit concerner, à terme, tous les véhicules Crit’Air 4 et 5.
- Le périmètre retenu par la Métropole doit être validé d’ici quelques semaines par une enquête publique.
Lorsqu’on habite à Toulouse, il vaut mieux habiter du côté des Arènes que des Ponts-Jumeaux. Pas pour des questions de coût de l’immobilier, mais parce qu’on y respire nettement mieux. La proximité de la rocade est un handicap pour la qualité de l’air. Selon le bilan annuel de l’Observatoire de la qualité de l’air, Atmo Occitanie, en 2019, 7.650 Toulousains ont été exposées à des dépassements des valeurs limites de dioxyde d’azote, ce gaz brun émis par les voitures et nocifs pour la santé.
Une pollution qui durant le confinement a chuté de 61 %, mais a depuis le mois de juin quasiment retrouvé ses niveaux de l’an dernier, voire les a dépassés certains mercredis et jeudi. L’impact du trafic routier est donc clairement identifié comme un levier. Pour réduire cette pollution, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a indiqué cet été qu’elle allait donner un coup d’accélérateur à la création des « zones à faibles émissions » (ZFE).
Celle de l’agglomération toulousaine verra le jour dès le mois d’avril prochain, sur un périmètre qui trouvera ses limites au niveau du périphérique, tout en comprenant une partie de la rocade Arc-en-Ciel. C’est la proposition retenue par la Métropole et soumise au préfet.
Etalé sur quatre années
L’objectif est de limiter l’accès des véhicules les plus polluants à ce grand secteur. « Ce sera sept jours sur sept. Il y aura aussi une progressivité dans sa mise en place, ce sera déployé entre 2021 et 2024. Les deux premières années, ce sont les poids lourds et camionnettes qui seront concernées. Ceux ayant une vignette Crit’Air 5 et les non classés dès 2021, puis les Crit’Air 4 en 2022. L’année suivante cela concernera les voitures Crit’Air 5 et en 2024 les voitures Crit’Air 4 », explique François Chollet, l’adjoint au maire en charge de ce dossier.
Un scénario que l’élu juge « volontariste » et qui sera appliqué dès le mois d’avril, après avoir été soumis à enquête publique. « Cela concerne la première année 2.500 véhicules. Cette mesure concernera à terme 20 % du trafic mais 50 % de la pollution », poursuit François Chollet. Pour l’appliquer, des caméras scannant les plaques seront déployées pour vérifier si les véhicules sont bien autorisés à rouler.
Mais selon l’étude d’impact sur la qualité de l’air des différents scénarios de ZFE menée par Atmo, pour être très efficace, il faudrait inclure les vignettes Crit’Air 3. Selon l’étude de l’observatoire, cette option permettrait « d’agir le plus efficacement sur la pollution de l’air à l’échelle de l’agglomération ». « Il permet notamment d’abaisser les quantités émises d’oxydes d’azote par le trafic routier sur la zone à faible émission de 19.1 % (…) et pourrait améliorer la qualité de l’air respirée par plus de 464.000 personnes et au niveau de plus de 1.470 établissements prioritaires à l’échelle de l’agglomération », indique le document de référence.
Des aides incitatives
En attendant d’être validé définitivement, cette proposition de ZFE ne fait pas encore l’unanimité. « C’est un début qui est indispensable mais qui prit tout seul risque d’être contre-productif. Ce qu’il faut ce sont des mesures alternatives à la voiture, développer par exemple le vélo. Et puis un gros SUV diesel bien lourd avec un seul occupant est-ce que ce n’est pas plus polluant que quatre personnes dans une voiture Crit’Air 4 », interroge Jean Olivier, le directeur régional de France Nature Environnement.
« L’objectif c’est que les gens et mentalités changent. Dans deux ans, avec l’évolution du parc automobile, il y aura moins de Crit’Air 5. Et pour ne pas pénaliser les plus modestes, la métropole va mettre en place des aides au report modal et au changement de véhicules », assure François Chollet.