Le gif va-t-il faire, en boucle, le chemin du cool au ringard ?
Ringardos ?•Moqué par la génération X, adopté par les darons gênants, le gif envoie des messages contradictoires à la coolosphèreLina Fourneau
L'essentiel
- «Être dans le vent, c’est avoir un destin de feuille morte », disait le poète. Vraiment ? Aujourd’hui, les tendances vont et (re) viennent à un rythme ahurissant.
- Pour s’y retrouver, 20 Minutes vous propose une série d’articles sur des retours de hype insolites et d’inattendues plongées dans le ringard.
- Aujourd’hui, étudions le cas complexe du gif, tellement cool pour les ringards qu’il en devient branché (vous suivez ?).
«C’est plus possible les gifs que Marion* envoie dans la conversation ». Comme un cri du cœur lancé par l’autrice de cet article à une amie, un soir. Il faut dire : cela fait des mois que dans les conversations de groupe, elle partage constamment des images animées hors de propos et souvent graveleuses. Car oui, dans ce qui suit, il n'est pas question d'absoudre n'importe quelle utilisation de gif. Il y a des limites à ne pas franchir. Mais malgré ça et en dépit des moqueries de la génération Z nous traitant de « ringards », nous, on les aime ces gifs et on aurait envie qu’ils deviennent un peu plus cool aux yeux de tous. Ne le sont-ils pas un peu au fond d’eux ? Non?
« Dès leur création, les gifs étaient ringards », tranche Albin Wagener, chercheur en science du langage et spécialiste des questions numériques et sociales. La question aura eu le mérite d’être posée et on en sort un peu démuni, nous qui voulions prouver la coolitude du gif. Pas de quoi se démonter, il faut comprendre les raisons de sa création pour espérer un jour lui rendre ses lettres de noblesse.
« Ça finit toujours par revenir à la mode »
A la fin des années 1980, les gifs font leur apparition pour faciliter la diffusion des vidéos en ligne. La décennie suivante, le gif – que son créateur Steve Wilhite prononçait « djif » pour répondre à tout débat inutile – est popularisé. Bien avant les réseaux sociaux, les gifs sont partagés en masse dans les mails avec, par exemple, l’arrivée des signatures animées. De quoi satisfaire nos vieilles tantes qui pouvaient enfin avoir un moyen d’envoyer des bisous originaux à distance. « Ça a toujours été considéré comme quelque chose de trop kitch qui allait disparaître », se souvient Alban Wagener.
Pourtant, plus de trente plus tard, les gifs sont toujours présents dans la culture numérique, bien plus que les très populaires mèmes. « C’est un des seuls formats à être intégrés de manière native sur les réseaux sociaux et dans les messageries », explique le chercheur qui voit dans les modes numériques un caractère cyclique. « En fonction des générations qui se succèdent c’est plus ou moins ringardisé, mais ça finit toujours par revenir à la mode ».
Montrer ses émotions, enfin
S’ils peuvent être ringards à cause de leur mauvaise utilisation, les gifs restent et resteront la meilleure méthode d’interaction en ligne. « C’est peut-être ringard, mais dans ce cas-là les émojis le sont aussi », soutient Alban Wagener. 1-0 pour les gifs qui ont, au fil des années, trouvé une grande utilité dans l’expression des émotions. « C’est assez riche en réalité comme capacité à transmettre les choses. Ça peut montrer un état psychologique qu’un simple message ne permettrait pas de transmettre ». Une angoisse à exprimer ? Sheldon Cooper, génie du Big Bang Theory, soufflant dans un sac pour illustrer son angoisse. Une honte à illustrer ? Homer Simpson qui se cache dans les buissons.
Deux exemples qui illustrent également à quel point les gifs participent au partage de la culture populaire. Les images sont pour beaucoup puisées des séries, des films, mais aussi de moments phares de l’actualité politique. Certaines prises de vues s’y prêtent d’ailleurs très bien, notamment les regards caméra dont la série The Office s’est fait une spécialité.
TikTok a des gifs, les gifs sont donc cool
Reste une dernière preuve irréfutable, une sorte de + 4 au Uno contre un adversaire qui nous traiterait de « boomer ». La plateforme TikTok – celle utilisée en majorité par les jeunes – a une fonctionnalité pour envoyer des gifs. « C’est aussi leurs codes. Les jeunes utilisent bien des vidéos courtes et répétitives, les boomerangs », souligne Alban Wagener.
Pas de doute donc, les gifs sont encore partout. « Au final, c’est un format assez souple, assez rapide à appréhender et à comprendre », analyse le chercheur. Ce qui expliquerait que (malheureusement) même nos aînés ont réussi à s’en emparer rendant son utilisation ringarde. Il reste donc une façon pour résister : la pédagogie. « Bon écoute Marion, je vais t’apprendre quelques bonnes techniques pour ne pas être à côté de la plaque lorsque tu envoies des gifs », rêve-t-on d’envoyer à notre amie. Une fois l’opération établie auprès de tous les ringards, le gif redeviendra peut-être cool. Car doit-on vous rappeler que le gif n’a jamais de fin ?
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