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VI Nations : France-Angleterre : Quel bilan peut-on tirer du « Tournoi d’enfer » des Bleus ?
RUGBY•En venant à bout de l’Angleterre après un combat dantesque (33-31), samedi à Lyon, le XV de France a bondi de la quatrième à la deuxième place du Tournoi des VI Nations. Le bilan de son après-Coupe du monde est-il pour autant positif ?Jérémy Laugier
L'essentiel
- Le XV de France a su arracher la deuxième place du Tournoi des VI Nations 2024, en battant samedi à Lyon-Décines son rival anglais (33-31).
- Ce 111e Crunch, aussi passionnant que renversant, clôture une compétition « mouvementée » pour des Bleus encore marqués par l’échec de « leur » Coupe du monde, cinq mois plus tôt.
- 20 Minutes dresse ce dimanche le bilan de ce Tournoi des VI Nations, qui a vu apparaître quelques nouveaux visages prometteurs par rapport au groupe ayant disputé le Mondial.
Au Parc OL de Lyon-Décines,
D’une déconvenue à l’ampleur gênante contre l’Irlande (17-38) à un exploit de Thomas Ramos pour arracher un Crunch dantesque samedi (33-31), six semaines seulement se sont écoulées. On a pourtant perçu au Parc OL de Lyon-Décines un XV de France encore plus éreinté que dans la foulée de sa Coupe du monde 2023 à la maison, cinq mois plus tôt. Fabien Galthié a résumé ce Tournoi des VI Nations avec le sens de la formule qui lui est si cher : « On a vécu un tournoi d’enfer, au sens propre comme au sens figuré. C’était brûlant, sans répit. On était parfois sur la brèche, parfois sur la cime. On a beaucoup appris sur nous ».
Les Bleus ont en premier lieu appris qu’il était délicat, voire impossible, d’être compétitifs dans de tels rendez-vous en se retrouvant en infériorité numérique très tôt (dès la 32e minute de jeu contre l’Irlande, à la 40e face à l’Italie). Même si la victoire en Ecosse (16-20) a été très heureuse, on peut noter que les partenaires de Grégory Alldritt ont remporté tous leurs matchs du Tournoi disputés à 15 contre 15. Quels sont les enseignements majeurs, côté tricolore, de ce VI Nations conclu à la deuxième place, derrière la quasi intouchable Irlande ?
Le fantôme sud-africain à chasser
Cinq mois plus tard, on se rend compte en zone d’interview que la si cruelle élimination du Mondial, en quart de finale face à l’Afrique du Sud (28-29), revient toujours vite dans les échanges/dans les têtes. A commencer par Fabien Galthié, qui a validé la comparaison entre ce match « what if » par excellence et le haletant Crunch de samedi, qui ne s’est joué à rien. « C’est exactement ça, sauf qu’à la fin on gagne, glisse le sélectionneur des Bleus. Je voulais que ce Tournoi soit la suite de notre histoire. Ça l’est, et dans la victoire de ce soir, il y a de l’apprentissage de ce qu’il s’est passé il y a quelques mois. »
Comprendre une meilleure gestion des derniers instants de la rencontre, et accessoirement une pénalité favorable, et brillamment convertie par Thomas Ramos donc, que n’aurait peut-être pas accordée ce cher Ben O’Keefe en octobre. Le troisième ligne François Cros reconnaît que ce succès marquant contre le XV de la Rose peut se décrypter en prenant en compte la sortie de route prématurée au Mondial.
« Oui, on a bien sûr pensé au match de l’Afrique du Sud. C’était très stratégique, avec beaucoup de jeu au pied et des ballons aériens. L’Angleterre avait peut-être analysé notre quart de finale et elle voulait utiliser ce schéma-là, avec une grosse défense et beaucoup de pression sur les ballons hauts. On s’est peut-être servi de notre expérience du quart pour ne pas nous affoler et régler la gestion des ballons hauts à la mi-temps. C’est bien d’avoir tiré la leçon du quart de finale et d’avoir réussi à inverser la tendance. Il faut tourner la page et avancer, c’est loin maintenant. » »
Si loin, si près, y compris aux yeux des petits nouveaux de ce Tournoi, qui ont surtout émergé à partir du joli succès à Cardiff (24-45) la semaine passée. « On sait que la bascule de la Coupe du monde était dure pour le groupe », souligne ainsi l’arrière Léo Barré (21 ans), élu homme du match samedi.
Les bizuts répondent présent
Décisif dans le Crunch avec son premier essai en Bleu inscrit (56e), Léo Barré incarne justement cette jeune génération qui n’était pas de l’aventure du Mondial. A la 20e minute de jeu, un sublime essai avec Léo Barré à la baguette et Nolann Le Garrec à la conclusion était même l’instant de fraîcheur absolue du succès sur le XV de la Rose, voire de tout le Tournoi. A 21 ans, le demi de mêlée du Racing 92 a profité de l’absence d’Antoine Dupont pour enchaîner deux titularisations. Il est même peut-être le nouveau visage tricolore qui a marqué le plus de points aux yeux de Fabien Galthié,
« C’est un super gamin qui nous a beaucoup apporté. On s’excusait presque de l’accueillir dans ces conditions. Là, c’était "bienvenue dans la tempête". Il a été super solide, il n’a pas lâché le morceau. » Une force de caractère également affichée par d’autres bizuts lancés dans le grand bain à l’occasion de ce VI Nations 2024, à savoir le centre Nicolas Depoortère (21 ans) et le deuxième ligne Emmanuel Meafou (25 ans). « Ça a été un tournoi un peu mouvementé », reconnaît Nolann Le Garrec, à jamais le gamin à la chistera de Cardiff.
Une défense trop souvent transpercée
Si l’attaque, en partie réinventée en raison de l’arrivée dans le staff après le Mondial de Patrick Arlettaz, n’a vraiment pas été à la fête en début de Tournoi (cinq essais en trois matchs, contre huit dans les deux derniers succès), c’est avant tout l’édifice défensif qui pose question. Bien dans son Crunch en première période et « mal récompensé », le XV de France a ainsi pris la marée de toutes parts à la reprise samedi, avec trois essais anglais enchaînés.
« On est passé par tous les états d’âme dans ce match, constate Fabien Galthié. A un moment, l’édifice tremblait vraiment. Il fallait une force de caractère hyper solide pour ne pas lâcher à ce moment-là, à -8 [16-24, 48e]. » Les Bleus ont montré qu’ils avaient cette caractéristique en stock par la suite. « Je suis hyper fier du groupe car on a été malmenés à certains moments et critiqués à juste titre, poursuit le capitaine Grégory Alldritt. Mais personne n’a baissé les bras. On a réussi à se reconstruire tous ensemble et à recréer cette petite dynamique. »
NOTRE DOSSIER SUR LE TOURNOI DES VI NATIONSDeux victoires consécutives synonymes donc de rang de dauphin de l’Irlande sur la carte de l’Europe. « Ce ne sont pas toutes les équipes de France qui ont fait deuxièmes dans le Tournoi des VI Nations, rappelle Louis Bielle-Biarrey. Ce n’est pas le tournoi qu’on aurait espéré, sur le contenu et les résultats, mais notre parcours va nous aider à grandir. » Très marqué par ce Tournoi aux allures de montagnes russes permanentes pour nos Bleus, le héros du soir Thomas Ramos a conclu sur France 2 : « On a retrouvé l’envie qu’on n’avait peut-être pas au début du Tournoi. » Que voulez-vous, même dans un Tournoi baroque, l’appel du Crunch passe au-dessus de tout.


















