Equipe de France : Benzema et les Bleus, un malentendu jusqu’au bout
Football•Dans un tweet publié ce lundi, Karim Benzema a laissé entendre qu’il prenait sa retraite internationale, mettant fin à une relation définitivement contrariée avec l’équipe de France
Antoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Dans un texte publié sur ses réseaux sociaux, Karim Benzema semble annoncer la fin de sa carrière avec l’équipe de France.
- Blessé, l’attaquant du Real Madrid n’avait pu disputer la Coupe du monde au Qatar.
- L’épilogue d’une relation contrariée entre l’ancien Lyonnais et les Bleus.
Fue bonito mientras duró. Puisque Karim Benzema a décidé, le jour de ses 35 ans, de se concentrer, désormais, sur le Real Madrid, il n’y a pas meilleure expression espagnole pour décrire le passage de l’ancien Lyonnais en équipe de France. Oui, Karim, on a passé de bons moments le temps que ça a duré. « J’ai écrit mon histoire et la nôtre prend fin », a écrit l’attaquant madrilène sur ses réseaux sociaux, ce lundi, accompagné d’une photo de lui portant le n°19 des Bleus.
Loin du 9 ou du 10, qu’il a portés à Lyon, au Real Madrid ou en équipe de France, Karim Benzema avait pris ce numéro avant l’Euro 2021, cinq ans et demi après sa dernière convocation avec Didier Deschamps. Cinq ans et demi loin du maillot tricolore, « pour l’exemplarité et la préservation du groupe », justifiait alors Didier Deschamps. L’enfant de Bron avait été mis de côté par le sélectionneur et le président de la FFF, Noël Le Graët, alors qu’il était soupçonné d’avoir participé à une tentative de chantage visant son ancien coéquipier chez les Bleus, Mathieu Valbuena.
L’enchaînement de la lose
Depuis une première sélection (et un premier but) contre l’Autriche en 2007, le chemin de Karim Benzema avec les Bleus n’a jamais été une longue ligne droite sans embûche. Pire, il y en a eu des virages en épingle, des sens interdits, des mouvements de terrain qui l’ont empêché d’écrire son histoire en Bleus.
Comme sa non-sélection pour la Coupe du monde 2010 par Raymond Domenech, qui lui a quand même permis de ne pas figurer dans la liste noire de Knysna. Comme, aussi, sa longue période de disette face aux buts en 2013 : 1224 minutes (et 58 tirs filant partout sauf dans les buts), après un Euro 2012 compliqué. Comme cette frappe sur le côté gauche, repoussée par Manuel Neuer, ne permettant pas aux Bleus de se qualifier pour la demi-finale de la Coupe du monde 2014 au Brésil.
Une seule Coupe du monde disputée
Ce Mondial outre-Atlantique restera le seul disputé par Karim Benzema en quinze ans de carrière internationale. Loin de la Russie, en 2018, pour des raisons extrasportives, il devait pourtant faire partie de l’épopée conclue cruellement dimanche soir, au Qatar, face à l’Argentine. Sauf que les pépins de santé sont venus s’en mêler. Une déchirure au quadriceps, un processus de récupération qui tarde, des mésententes avec le staff médical, selon L’Equipe, et une histoire qui se termine mal.
Alors qu’il semblait vouloir se soigner au Qatar, et rester avec la sélection pour, pourquoi pas, revenir lors des derniers matchs du tournoi, Karim Benzema est finalement, toujours selon le quotidien, obligé de rentrer chez lui, en catimini, au petit matin, sans même pouvoir saluer ses coéquipiers. Ceux-là même avec qui il avait pourtant commencé à recréer une histoire, à l’été 2021, après son retour en sélection, cinq ans et demi après, donc.
« Revenir dans cette équipe et gagner me rend heureux »
Appelé surprise pour l’Euro, provoquant une crise d’excitation dans le pays, plus occupé alors à chercher dans quelle pharmacie trouver des masques chirurgicaux, Karim Benzema avait commencé doucement, avant de mettre deux doublés face au Portugal et la Suisse, provoquant une hausse de la natalité en France, la chute du prix de l’essence, la baisse de l’âge légal de départ à la retraite. Bref, tout allait bien dans le meilleur des mondes, avant que ces diables d’Helvètes nous sortent du tournoi.
« Rien n’est jamais facile, on continue à se battre pour préparer l’avenir et revenir encore plus fort », avait alors réagi Benzema. Plus fort, Karim Benzema l’était, tout comme les Bleus, lors du Final Four de la Ligue des nations à l’automne 2021. Après une première remontada face aux Belges, ponctuée par une réalisation, le Nueve avait inscrit un but fou dont il a le secret contre l’Espagne. Une frappe enroulée majestueuse du coin de la surface de réparation qui mettait les Bleus sur la route du titre.
Encore plus ambitieux après la Ligue des nations
On pensait alors que, oui, enfin, c’était enfin parti pour durer entre Karim Benzema et l’équipe de France. « Je suis très fier de mon travail depuis longtemps, expliquait celui qui allait devenir le Ballon d'or 2022. Revenir dans cette équipe et gagner me rend heureux. Ce titre me donne encore plus d’ambitions pour l’avenir avec cette équipe. Parce qu’elle a un grand potentiel. » Tout semblait indiquer que la Coupe du monde au Qatar allait donc être l’épilogue heureux de cette romance.
Elle le fut, mais pas comme on l’avait espéré. Pas comme l’avait espéré l’équipe de France. Pas comme l’avait espéré, évidemment, Karim Benzema. Mais elle conclut quinze ans d’une relation singulière entre l’un des meilleurs joueurs de sa génération et son équipe nationale. Une façon, peut-être, de prendre les devants pour ne pas subir l’affront d’un nouvel ostracisme de la part du staff tricolore, sans doute amené à rebâtir autour de la relève offensive révélée au Qatar.