Pourquoi Andorre est devenue un paradis pour les cyclistes

Tour de France 2021 : Pourquoi Andorre est devenue un paradis pour les cyclistes

CYCLISMEDes dizaines de cyclistes résident en Andorre, pays tranquille à la fiscalité « apaisée » , qui abrite le Tour de France de dimanche à mardi
Nicolas Stival

Nicolas Stival

L'essentiel

  • Initié dans les années 2000, l’exode des cyclistes vers Andorre ne s’est jamais démenti et s’est même accéléré, comme le prouve l’arrivée de Julian Alaphilippe.
  • La fiscalité joue un rôle-clé dans ces choix. Mais les routes de montagne et la tranquillité quasiment helvète du petit Etat pyrénéen font aussi pencher la balance.

De notre envoyé spécial à Andorre-la-Vieille,

Si les excellents directs de 20 Minutes ne suffisent pas à rassasier votre faim de cyclisme, vous devez jeter un œil de temps en temps au Tour de France à la télé. Auquel cas, l’information n’a pas pu vous échapper, tant elle est répétée à l’envi : Julian Alaphilippe est arrivé ce dimanche « à la maison ».

L’électron libre de la Deceuninck-Quick Step, natif du plat Berry, a pris de l’altitude depuis trois ans en Andorre, comme tant de sportifs avant lui. Plus exactement à La Massana, au nord-ouest du petit pays des Pyrénées, pas très loin de son compatriote Fabio Quartararo, actuel leader du championnat du monde Moto GP.

Concurrence monégasque

La quasi-totalité de la formation Movistar, le maillot à pois furtif Michael Woods, les jumeaux Simon and Adam Yates, le vainqueur du Giro 2020 Tao Geoghegan Hart… Plusieurs dizaines de cyclistes ont choisi de se poser dans ce coin paisible de 77.000 habitants lorsqu’ils n’arpentent pas le monde, assis sur une selle. Egan Bernal y a vécu, avant d’opter pour Monaco, comme Chris Froome ou Geraint Thomas.

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Andorre, Monaco… Deux micro-états dont les points communs ne se résument pas à être une principauté. « Les impôts sont bas ici, témoigne Victor Duaso, journaliste sportif au quotidien Bondia, et correspondant local de l’agence de presse espagnole EFE. Mais les coureurs expliquent aussi qu’ils sont tranquilles en famille. »

Attardons-nous sur la fiscalité avantageuse. Sportifs de haut niveau, mais aussi artistes et scientifiques peuvent bénéficier d’un statut de « résident passif de catégorie C ». Un intitulé cryptique pour une réalité très simple, résumée sur le site de conciergerie privée SetUp Andorra : « la taxation maximale sur les revenus est de 10 % [NDLR : 45 % en France], tandis que le taux de TVA appliqué sur les biens de consommation est de 4,5 % [20 % en France] ».

Des conditions drastiques

La Française Virginie Hergel, fondatrice de SetUp Andorra, détaille les conditions requises : « démontrer une notoriété mondiale dans sa discipline, vivre sur place 90 jours par an, déposer 50.000 euros [auprès de l’autorité financière andorrane] plus 10.000 euros par personne à charge, prouver que l’on dispose de ressources annuelles correspondant à au moins 43.000 euros par personne, soit trois fois le salaire minimal andorran ». Si vous aviez des envies d’expatriation après avoir terminé 12e de la cyclosportive L’Ariégeoise en 2018, mieux vaut oublier.

Voici pour le volet financier, primordial, mais qui ne constitue pas l’unique motivation au moment de franchir le Port d’Envalira. « Andorre est un territoire de cyclisme, assure le journaliste Victor Duaso. Les gens ici sont habitués aux cyclistes, qui peuvent s’entraîner tranquillement, dans les cols. »

« Purito », l’un des pionniers

Si la circulation est dense autour de la capitale et sur l’axe qui traverse le pays, depuis le Pas de la Case côté français jusqu’à Sant Julià de Lòria vers l’Espagne, elle l’est beaucoup moins ailleurs. Un atout indéniable pour une profession très exposée aux accidents de la route. Et puis, bien évidemment, le relief de la principauté, dont le point le plus bas culmine à 840 m, offre un terrain d’entraînement idéal et a poussé de nombreux cyclistes à prendre la roue du Catalan Joaquim « Purito » Rodriguez, ancien n°1 mondial et parmi les pionniers de l’ « exode » vers Andorre au milieu des années 2000.

Julian Alaphilippe, l'un des plus célèbres cyclistes installés en Andorre.
Julian Alaphilippe, l'un des plus célèbres cyclistes installés en Andorre. - Philippe Lopez / AFP

« Juste avant de courir le Tour de France, José Luis Rojas [absent cette année] et son coéquipier de la Movistar Enric Mas ont fait l’Envalira, les cols d’Ordino et de Beixalis, reprend Victor Duaso. Un mois avant le Tour ou la Vuelta, on croise énormément de cyclistes, résidents ou pas, qui viennent s’entraîner ici. »

Virginie Hergel poursuit dans la même veine : « Ce qui attire les sportifs, c’est évidemment la fiscalité, mais surtout la possibilité de travailler en altitude, avec des structures adaptées pour le haut niveau. Le climat est aussi idéal. Et puis, ce sont des personnes publiques. Ici, elles ne sont pas embêtées, c’est très sûr, et il y a d’excellentes écoles pour ceux qui ont des familles. Les Andorrans sont aussi très gentils, assez solidaires, avec un état d’esprit très chaleureux. »

Des sportifs « cocoonés »

Bref, à entendre la cheffe d’entreprise, Andorre est un petit paradis, surtout quand on a les moyens. « Quel que soit le sport qu’ils pratiquent, cyclisme, golf, moto ou autres, on discute beaucoup avec les athlètes et leurs managers, afin qu’ils n’aient la tête qu’à la compétition. On est leur maman, on les cocoone. »

Et le petit pays, enclavé entre la France et l’Espagne, compte sur l’image de ces ambassadeurs pour décoller l’image ambivalente qu’il véhicule toujours, entre paradis fiscal pour les riches et Eden du commerce détaxé pour les autres. L’accueil du Tour pour la sixième fois depuis 1964, et pendant trois jours, participe de cette « soft » diplomatie. « C’est important pour le pays sur le plan touristique », assure Victor Duaso, au sujet d’un Etat dont l’économie a particulièrement souffert de la pandémie. Et qui ne compte à ce jour aucun cycliste professionnel parmi ses ressortissants.