Coronavirus dans le Top 14 : « On navigue à vue »… Mais à quoi va ressembler le championnat qui commence ?
RUGBY ET COVID-19•La première journée du Top 14 est programmée ce week-end. Mais l’épidémie de Covid-19 complique la vie du monde du rugby professionnel, qui doit à tout prix rejouer pour ne pas s’écroulerNicolas Stival avec C. C.
L'essentiel
- Après la fin prématurée de la saison 2019-2020, gelée en mars pour cause de Covid-19, l’exercice 2020-2021 commence ce week-end.
- Le championnat pourrait être rythmé par les reports de rencontres pour cause de cas de coronavirus dans les effectifs.
- Mais les clubs professionnels ont besoin de jouer, devant du public, pour ne pas mettre la clé sous la porte.
Et voilà, ça repart. Ce week-end, avec la première journée du Top 14, les meilleurs rugbymen de France vont entrer dans un long tunnel pour enchaîner championnat, phases finales de Coupe d’Europe 2019-2020, tournée d’automne du XV de France, Coupe d’Europe 2020-2021… Enfin, normalement. « Cela paraît surchargé, mais on ne sait pas s’il n’y a pas des week-ends où l’on sera obligé de rester à la maison, tempère Charles Ollivon, capitaine de Toulon et des Bleus. On navigue un peu à vue. »
Le rugby français ressemble même à un frêle esquif plongé dans un brouillard baptisé Covid-19, qui gâche sa vue et sa vie depuis désormais six mois.
« On a besoin de jouer »
Seulement, comme le rappelait lundi Paul Goze, le président de la Ligue nationale (LNR), la reprise du Top 14 est « vitale pour la survie du rugby professionnel », même si la jauge de 5.000 personnes, dérogatoire dans les départements « verts » (au grand bonheur de Clermont, Brive ou La Rochelle), plombe le budget de clubs qui dépendent à plus de 60 % de la présence du public. « On a besoin de jouer, assène Ugo Mola, le manager du Stade Toulousain, attendu par l’ASM dimanche soir. A la limite, peu importe le résultat ! Je ne parle même pas d’économie, mais de santé générale, mentale, sociétale. »
Il s’agirait donc d’envoyer un signal symbolique, mais fort, et de défier le coronavirus qui a plombé la trésorerie, les infirmeries et la préparation de nombreux clubs. La palme revient au Stade Français, dont le match qui devait l’opposer à l’Union Bordeaux-Bègles, ce vendredi en ouverture du bal, est déjà reporté.
Mais Toulouse, longtemps épargné, a également déclaré trois cas en moins d’une semaine, avant un « retour à la normale » qu’il s’agira de confirmer lors des tests de vendredi, à deux jours du déplacement en Auvergne, pour éviter un autre report.
En attendant un protocole allégé ? « Quand tu as isolé tes cas positifs avec des règles, pourquoi ne pas jouer avec tes joueurs sains physiquement ? questionne Mola, dont le groupe ne s’est plus entraîné au complet depuis le 25 août. On mettra des jeunes, mais jouons ! » Face au Covid-19, le monde du sport, et le monde tout court, se trouve dans l’expectative. Alors que dire du rugby, qui pourrait avoir été inventé par un savant fou désireux de voir le virus se propager, avec ses plaquages et ses « petits tas »…
Plus de risque de transmission dans le rugby
« On a assisté à des réunions où l’on nous expliquait qu’il ne fallait pas s’entraîner à faire des mêlées ou des rucks, et à ne pas avoir de contacts, ironise Mola. Mais l’essence de notre sport, c’est de se frotter un peu. Il est donc peut-être plus à risque que d’autres. »
Aussi, puisqu’il faut reprendre, reprenons… « On ne se projette pas en se disant que la saison va s’arrêter ou pas à cause du Covid, assure l’arrière parisien Kylan Hamdaoui, au repos forcé ce week-end après que son club a été obligé d’annuler tous ses matchs amicaux. On se prépare normalement. » Et on croise les doigts. « Il n’est pas encore sûr qu’il y ait une cascade de reports, remarquait Paul Goze lundi, sans que l’on puisse bien tracer la frontière dans ses propos entre conviction et méthode Coué. On espère qu’il n’y en aura pas trop. Si c’est le cas, des solutions administratives pourront être prises, en plus du décalage de matchs en semaine. »
Questionné sur les mystérieuses « solutions administratives » évoquées par son patron, le DG de la LNR Emmanuel Eschalier a tapé très loin en touche, façon Anthony Bouthier contre l’Angleterre en février dernier, et renvoyé au comité directeur des 22 et 23 septembre : « Il est prématuré d’évoquer ce scénario aujourd’hui. »
Urios et la méthode anglaise
Voici deux semaines, Christophe Urios, manager de l’UBB, avait émis une idée radicale, tout droit venue d’Outre-Manche, où les clubs ont décidé de reprendre et de finir leur saison 2019-2020 coûte que coûte, à la différence des Français. « Ce qu’ont décidé les Anglais, à savoir que si une équipe n’est pas capable d’aligner 25 joueurs en raison du Covid-19, elle a zéro point, c’est une bonne chose », avait asséné l’une des grandes gueules du rugby tricolore.
Urios sera-t-il suivi, si la situation sanitaire venait à se dégrader et les reports à s’empiler ? A voir. En tout cas, c’est promis : face à cette situation illisible, on ne se moquera plus jamais d’un rugbyman qui assure « prendre les matchs les uns après les autres ».