Pour visser, se maquiller… être ambidextre, c’est cool (mais pas toujours)

Pour bricoler, se maquiller ou « dégrafer un soutien-gorge », être ambidextre, c’est plutôt cool (mais pas toujours)

Votre vie, votre avisNos internautes ambidextres prennent la vie du bon côté et se facilitent souvent le quotidien. Mais ce « superpouvoir », partagé par environ 1 % de la population, peut aussi paradoxalement rendre maladroit, voire « malagauche »
Hélène Ménal

Hélène Ménal

L'essentiel

  • Nos internautes ambidextres, comme Léonard de Vinci et Kurt Cobain, vivent plutôt bien ce « superpouvoir » qui leur simplifie la vie quotidienne et souvent professionnelle.
  • Mais pour d’autres, les gauchers contrariés par un système scolaire qui n’a pas toujours été compréhensif, l’ambidextrie évoque surtout de mauvais souvenirs.
  • Enfin, il y a ceux pour qui avoir « deux mains droites » est justement source de maladresse.

Shohei Ohtani, la vedette de l’équipe de base-ball des Los Angeles Dodgers, doit sa légende à son incroyable dextérité. Il lance de la main droite, frappe ses « home run » de la gauche et doit à son ambidextrie d’être devenu le sportif le mieux payé du monde. Rien d’aussi spectaculaire chez les internautes qui ont répondu à notre appel à témoignages (ou alors, ils sont modestes). Mais Jacques, notre ambidextre vétéran, se souvient quand même d’avoir eu ses petits moments de gloire et d’avoir « surpris l’auditoire » du temps où il enseignait, en changeant brusquement de bras, quand le premier « était fatigué », pour écrire au tableau.

Nostalgie aussi pour Patrick, qui se réjouit encore d’avoir pu « écrire les lignes de punitions sur deux feuilles en même temps ». Lucie, 29 ans et sage, ne voit pas trop l’intérêt d’écrire simultanément des deux mains, mais elle trouve sa particularité « sympathoche pour se maquiller, se faire les ongles surtout et jouer du piano ». Quant à Miloud, le coquin de service, il estime que c’est « plutôt pratique pour dégrafer un soutien-gorge, peu importe ce que fait l’autre main ».

Un atout quand on est mécanicien ou infirmière

De façon générale, nos lecteurs disposant sans le vouloir de cette faculté, qu’ils ne partagent qu’avec 1 % de la population – dont Léonard de Vinci et Kurt Cobain –, s’en trouvent plutôt heureux dans leur vie courante ou professionnelle. « Visser, dévisser, frapper avec un marteau, tenir une perceuse, ouvrir une porte fermée à clé… nombreux sont les cas où c’est un réel avantage », estime Jean, un mécanicien dont les mains se faufilent partout sans qu’il ait besoin de se contorsionner. Patrick ajoute à la liste la simplicité de « conduire un véhicule ayant le volant à droite » et « ne pas être complètement handicapé quand on est blessé à une main ». Pour Frédérique, infirmière, c’est carrément « un atout » d’utiliser « les instruments indifféremment des deux mains ».

Il y a aussi les ambidextres disons… désordonnés. Comme Anthony. Il est droitier pour l’écriture, gaucher pour le foot, le ping-pong et le hand, mais redevient droitier pour le billard. C’est compliqué mais « c’est inné ». Marc, satisfait de pouvoir bricoler des deux mains, écrit et coupe au cutter de la main gauche mais tient sa raquette et coupe au ciseau de sa main droite… Allez comprendre, Anthony y a renoncé.

« La main du diable »

Tous les ambidextres heureux ne l’ont pas toujours été. Pour les plus âgés d’entre eux, il s’agit de « gauchers contrariés », brimés par un système scolaire pas très ouvert d’esprit. Jacques s’est forcé à devenir droitier mais a continué à entretenir par rébellion l’agilité de sa main gauche.

« Dans les années 1970, on m’attachait la main gauche derrière le dos pour ne pas utiliser "la main du diable" », raconte Pierre, qui n’a « pas très bien vécu cette enfance droitière ». Il est désormais ambidextre mais « majoritairement » - et surtout « volontairement » - gaucher.

« Et patatras, c’est la catastrophe ! »

La dernière catégorie, celle qu’on envie le moins, nous, les ordinaires « latéralisés », est celle des ambidextres paradoxalement empotés. « Je suis ambidextre maladroite – ou malagauche. C’est comme si je n’avais jamais choisi mon côté, témoigne Flo. Je fais des choses uniquement de la main gauche, d’autres de la main droite et des choses des deux mains », poursuit-elle. Mais son cerveau ne suit pas toujours et lui joue des tours « et, du coup, patatras, c’est la catastrophe ! ». Maryse connaît aussi des déboires à cause de son ambidextrie. Elle est incapable de visser ou dévisser sans réfléchir, s’emmêle les pieds quand elle fait du sport et quand elle tricote ou coud, elle finit par se demander « où est l’endroit, l’envers ? » Christian, à force de se poser des questions a toujours fait un « mauvais sportif ». « Finalement, j’avais deux mains gauches et deux pieds gauches », dit-il. Un comble.