Comment lutter contre les agressions qui visent les sapeurs-pompiers ?

Manifestation du 1er-Mai : Comment lutter contre les agressions qui visent les sapeurs-pompiers ?

VIOLENCESL’agression filmée d’un pompier de Paris lors d’une intervention pendant la manifestation du 1er-Mai à Paris a suscité une vive indignation
Hélène Sergent

Hélène Sergent

L'essentiel

  • Une femme a été interpellée ce dimanche à Paris après avoir porté des coups à un pompier qui intervenait pour un feu de palette, en marge de la traditionnelle manifestation du 1er-Mai.
  • Selon les données recueillies par le nouvel observatoire national sur les agressions des sapeurs-pompiers, 1.518 faits de violence à l’égard de ces professionnels ont été recensés en 2021.
  • Si ce chiffre global est en baisse par rapport à l’année 2020, le nombre de blessés a lui augmenté en un an.

L’image, capturée en marge du traditionnel cortège du 1er-Mai dans la capitale, a été partagée plusieurs milliers de fois. Diffusée sur la plateforme Twitter par le compte officiel des pompiers de Paris, on y voit un soldat du feu, lance à incendie à la main, se faire agresser à deux reprises par une manifestante alors qu’il intervenait sur un incendie de palette. Rapidement interpellée, la jeune femme a été placée en garde à vue.

La scène, qui a immédiatement suscité une vague d’indignation au sein de la classe politique, est loin d’être anecdotique. Cette vidéo s’inscrit, en effet, dans un phénomène qui touche de plus en plus de brigades de pompiers. Depuis la dernière mobilisation d’ampleur de la profession en 2019, les pouvoirs publics et les représentants des sapeurs professionnels et volontaires tentent de renforcer les outils pour lutter contre ces agressions verbales et physiques.

Baisse des violences en un an

Il aura fallu attendre la rentrée 2020 pour qu’une instance nationale centralise les statistiques à ce sujet. Promis par l’ex-ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, cet observatoire national des violences envers les sapeurs-pompiers a été installé par son successeur, Gérald Darmanin, il y a deux ans de cela. Présidé par le préfet Alain Thirion, cet organe vise à recenser les faits d’agressions – verbales ou physiques – et les blessés au sein des différentes SDIS (les services départementaux d’incendie et de secours) sur tout le territoire.

Contacté par 20 Minutes, le porte-parole de Sécurité civile, Alexandre Jouassard, indique que « 1.518 faits de violences ont été recensés en 2021 contre 1.764 en 2020 ». « Si on constate une baisse au total, le nombre de pompiers blessés liés à ces faits de violence a, lui, augmenté l’année passée. 572 blessés ont été enregistrés alors qu’ils étaient 468 en 2020. Le phénomène global est contrôlé mais ce dernier chiffre démontre qu’il s’agit d’un sujet important », poursuit-il. Parmi les membres qui siègent au sein de l’observatoire, certains syndicats comme l’Unsa-Sdis appellent toutefois à « nuancer » ces chiffres. Si davantage de SDIS remontent désormais ces faits au ministère de l’Intérieur, elles restent 30 % à ne pas le faire, indiquait l’organisation professionnelle à l’issue du comité exécutif qui s’est tenu en février dernier.

Formation et réponse pénale

Au-delà de cet outil statistique, l’observatoire tente également de centraliser les « bonnes pratiques » repérées dans les différents départements en matière de prévention des « conduites agressives ». Préparés à intervenir dans un contexte particulièrement risqué ou dans une situation de crise, les sapeurs professionnels ou volontaires n’ont pas toujours été formés pour faire face à ces violences. « Or, nos agresseurs, ce sont nos victimes dans 90 % des cas », rappelle Yannick Tenesi, secrétaire général du syndicat SNSPP-PATS. « Lors de la formation initiale, on enseigne désormais aux sapeurs-pompiers une posture spécifique et une évaluation du risque avant d’intervenir. On sait que lorsqu’on intervient auprès d’une victime qui a certains troubles psychiatriques ou dans un contexte de violences conjugales, le risque d’agression existe », développe Alexandre Jouassard.

Le « plan de prévention et de lutte contre les agressions de sapeurs-pompiers », signé à l’été 2020 par le ministre de l’Intérieur, prévoit aussi de renforcer l’accompagnement des professionnels dans leur dépôt de plainte. Dans les Yvelines, département où travaille Yannick Tenesi, « un officier nous accompagne au commissariat si on le souhaite », précise le responsable syndical. « On aimerait que nos employeurs puissent eux aussi porter plainte quand l’un de nous est agressé, mais ces plaintes sont presque systématiquement classées par les magistrats qui estiment qu’elles ne sont pas fondées », regrette-t-il. Malgré cet accompagnement et les consignes de fermeté du ministère, certains pompiers hésitent encore à pousser la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie. « Ils minimisent surtout lorsqu’ils font l’objet d’insultes en intervention. Pourtant, cela reste une agression. Ça témoigne aussi d’une forme de banalisation du phénomène », analyse le secrétaire général du SNSPP-PATS.

Depuis 2019, des sapeurs-pompiers ont pu expérimenter un dispositif de caméra piéton sous l’impulsion de leur direction. Si cet outil peut avoir un effet dissuasif face à un individu isolé et violent, son utilité dans un contexte où plusieurs individus agissent de concert est à minorer. Pour Yannick Tenesi, ces situations de « guet-apens » appellent une autre réponse pénale. Réclamée à de multiples reprises par certains syndicats de police, la mise en place de peine minimale obligatoire ou « peine plancher » semble « nécessaire » selon le syndicaliste. Une mesure difficilement envisageable puisque le Conseil constitutionnel a établi à diverses occasions son caractère inconstitutionnel.

Sensibiliser les plus jeunes

Pour les professionnels, ces faits de violences ne sont toutefois pas nouveaux. « On estime que cette problématique remonte à une décennie déjà », note le commandant Geoffrey Casu, conseiller technique auprès de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. Selon lui, cela s’inscrit dans une évolution sociétale plus « large » : « Ces agressions traduisent une remise en question de l’autorité et des institutions en général. Les policiers et les gendarmes, mais aussi les élus sont visés par ces agressions. Les sapeurs-pompiers n’échappent pas à la règle hélas, l’uniforme ne suffit plus ».

L’enjeu est pourtant de taille. Selon le commandant Casu, ces violences ne doivent pas venir mettre à mal l’engagement volontaire de milliers d’hommes et de femmes qui intègrent les pompiers. « L’objectif, c’est de faire en sorte que ce phénomène ne devienne pas un frein à ce volontariat », souligne-t-il. C’est la raison pour laquelle « le sujet ne doit pas rester interne aux pompiers seulement », insiste Yannick Tenesi. Parmi les axes proposés par le plan du ministère de l’Intérieur, un volet « sensibilisation » a ainsi été développé. « On essaie de développer la prévention et l’éducation dans les lycées et les collèges pour expliquer aux jeunes ce qu’est la vocation de pompier. Ce sont eux nos meilleurs relais », conclut Alexandre Jouassard.