Vaccination dans les Bouches-du-Rhône : « Pour moi, c’était une évidence, mon fils de 9 ans est diabétique »
REPORTAGE•Le centre de vaccination de Coudoux dans les Bouches-du-Rhône a ouvert une ligne réservée aux enfants âgés de 5 à 11 ans
Mathilde Ceilles
L'essentiel
- Le centre de vaccination de Coudoux est devenu l’un des premiers en France à ouvrir une ligne de vaccination réservée aux enfants.
- Ce lundi matin, une quarantaine de créneaux était réservée par des enfants présentant ou non des comorbidités dans le centre de vaccination de Coudoux, dans les Bouches-du-Rhône.
- Le centre de vaccination a en effet légèrement anticipé les annonces gouvernementales en la matière.
Devant la cabine décorée de dessins, Antoine, 9 ans, l’air pas très rassuré, tente de calmer son appréhension en pianotant sur sa console de jeux, aux côtés de son papa Valentin. Dans quelques minutes, il recevra sa première injection de vaccin contre le coronavirus. « J’ai peur d’avoir mal », souffle-t-il. En ce lundi matin, Antoine fait partie des premiers enfants pris en charge par le centre de vaccination de Coudoux et tenu par les pompiers des Bouches-du-Rhône et le conseil départemental. Dans ce centre aux portes d' Aix-en-Provence, quelques jours après les annonces du gouvernement en ce sens, les pompiers ont en effet ouvert ce lundi une ligne à destination des petits âgés de 5 à 11 ans présentant un risque de faire une forme grave de la maladie et à ceux vivant dans l’entourage de personnes immunodéprimées.
« Nous habitons Toulon, et on a fait une heure et demie de route pour pouvoir faire vacciner notre fils, confie Valentin, le papa d’Antoine. J’ai pris rendez-vous dès que l’annonce a été faite. Mais autour de chez nous, sur Doctolib, aucun centre ne disposait de Pfizer pédiatrique ou de créneau disponible rapidement. » Une nécessité pour ce père de famille. « Je n’ai pas trop laissé le choix à mon fils de se faire vacciner, reconnaît Valentin. Pour moi, c’était une évidence. Il est diabétique. De ce qu’on sait, diabète et Covid-19, ça ne fait pas bon ménage… D’ailleurs, dans la famille, tout le monde est vacciné ! Après, j’avoue que si mon fils n’avait pas été à risque, je me demande si je l’aurais fait faire… »
« J’en ai marre qu’il y ait plein de Covid »
Des questions que ne s’est pas posées une seule seconde la petite Charlotte, 10 ans. « Je veux me faire vacciner parce que j’en ai marre qu’il y ait plein de Covid, confie la fillette. Et je veux être une personne qui inspire les autres enfants à se faire vacciner. J’en ai pas encore parlé à mes copines pour pas leur faire peur, mais quand je l’aurais fait, je leur dirai, pour qu’elle se fasse vacciner à leur tour ! » « C’est son choix, car c’est son corps, assure Jessica, sa maman. Je trouve que c’est important de protéger notre famille. Ses grands-parents et nos voisins sont vulnérables. Et puis, trop d’enfants l’attrapent ces temps-ci. Ils ont fermé sa classe deux ou trois fois ces six derniers mois ! »
La quarantaine de créneaux disponibles en ce premier jour d’accueil des enfants a été réservée en quelques heures, selon le colonel Christian Porcel, médecin-chef du Sdis, pour qui la prise en charge de ce nouveau public demande un peu d’organisation. « Il nous faut roder le processus, confie le colonel. Nous avons à notre disposition 350 doses de Pfizer pédiatrique, à ajouter aux doses qu’on utilise déjà pour les adultes de Moderna ou de Pfizer. Ça demande un peu d’organisation et de vigilance ! Donc ça démarre doucement mais sûrement. » Six enfants ont reçu samedi « par erreur » une dose trop forte de vaccin Pfizer dans un centre de vaccination du Mans, où s’était rendu le Premier ministre Jean Castex le même jour.
Protéger les grands-parents
La Haute Autorité de santé a en effet donné ce lundi après-midi son feu vert à la vaccination de tous les enfants, sans obligation. Après quoi, la vaccination des enfants pourrait commencer ce mercredi. Mais à Coudoux, force est de constater que les pompiers ont quelque peu anticipé les annonces gouvernementales. Ainsi, la petite Phoebe, qui tend timidement ses huit doigts quand on lui demande son âge, ne souffre d’aucune comorbidité particulière, tout comme les membres de sa famille. « Elle va voir cette semaine ces deux arrière-grands-mères, âgées de 93 et 96 ans, qu’elle n’a pas vues depuis longtemps, justifie sa grand-mère Martine à ses côtés. On préférait qu’elle se fasse vacciner avant, pour les protéger. En plus, en février prochain, elle part à l’étranger, au Kenya. Donc c’est mieux. »
Notre dossier sur la vaccination anti-Covid
Une politique qu’assume totalement le colonel Porcel. « Si les parents viennent ici, c’est dans le cadre d’une démarche active, en leur âme et conscience, lance le médecin. S’il n’y a pas de contre-indication à la vaccination, on le fait. On ne va pas leur dire : "Revenez demain parce que ça sera autorisé !" » Dans la cabine de vaccination, remplis de ballons de baudruche, Antoine relève la manche, et se fait piquer, sans broncher. A ses côtés, son père s’interroge. « Est-ce qu’on va devoir prévoir une troisième ou quatrième dose pour lui ? On ne va pas revenir tous les trois mois quand même. C’est un peu soûlant toutes ces histoires. » Au bout de la seringue, la pédiatre récemment retraitée en charge de vacciner les enfants acquiesce. « A qui le dites-vous… »