Coronavirus à Rennes : « Aucun des soignants les plus exposés » n’a été infecté au CHU
EPIDEMIE•Le plus grand hôpital breton a décidé de reprogrammer les opérations reportées en raison de l’épidémie de Covid-19 et veut rassurer les patients
Camille Allain
L'essentiel
- Le CHU Pontchaillou de Rennes a commencé à reprogrammer les actes chirurgicaux reportés en raison de l’épidémie de coronavirus.
- Les médecins ont dû rassurer les patients, car beaucoup craignaient de venir à l’hôpital, de peur d’être contaminés.
- Parmi le personnel de l’hôpital, seuls 70 des 9.000 agents ont été touchés par l’épidémie, soit moins de 1 % du personnel. « Cela prouve que les mesures sont efficaces ».
Le service de réanimation du CHU de Rennes est presque vide. Jeudi soir, il ne restait que 37 patients atteints du Covid-19 dans les murs du plus grand hôpital de Bretagne. Seuls sept se trouvaient encore en réanimation, dont cinq sont issus des évacuations sanitaires menées en mars depuis l’Ile-de-France. Relativement épargnée par l’épidémie, la Bretagne va comme une grande partie de la France se déconfiner ce lundi. Sera-t-elle frappée par une deuxième vague ? Personne n’est en mesure de le dire. Au CHU Pontchaillou, les équipes se disent prêtes mais veulent profiter de l’accalmie offerte par le confinement pour reprogrammer les actes chirurgicaux reportés en raison de l’épidémie de coronavirus.
Depuis plusieurs jours, les médecins, soignants et secrétaires ont donc appelé leurs patients un à un afin de leur proposer une nouvelle date pour les opérer. Un chantier considérable puisque 2.000 actes avaient été reportés. Au téléphone, les soignants ont dû faire preuve de pédagogie pour assurer que revenir à l’hôpital ne constituait pas un danger. « Certains patients avaient d’extrêmes réticences à l’idée de venir au CHU. Ils craignaient de venir dans un endroit de circulation active du virus. On a dû s’employer à les rassurer », assure le professeur Gilles Brassier.
« Cela prouve que les mesures sont efficaces »
Pour convaincre, le président de la commission médicale d’établissement de Pontchaillou avance un argument de poids. « Aucun des soignants des services les plus exposés au coronavirus (la réanimation et les soins continus) n’a contracté le virus. Cela prouve que les mesures de protection prises par notre personnel sont efficaces ». Au sein de l’établissement, seuls 70 des 9.000 personnels ont été infectés par le Covid-19 et aucun n’a été hospitalisé. Dans les rangs des soignants, la tournure fait un peu tousser. Dans certains services exposés aux malades du coronavirus, plusieurs ont été infectés. Une note interne a même été envoyée par la direction pour demander aux soignants d'être vigilants.
Mais pour le professeur Brassier, il est désormais urgent pour l’hôpital de retrouver son activité « normale ». « Dans beaucoup de disciplines, nous avons vu des pathologies diagnostiquées à un stade très tardif ». Par crainte du virus, des personnes ayant subi un infarctus ou souffrant d’une appendicite n’ont pas consulté. « Nous avons fait face à des taux de complication qui n’existaient plus. Les conséquences peuvent être graves ».
Pour accueillir ses patients dans les meilleures conditions sanitaires possible, le personnel du CHU a mis en place d’importantes mesures de protection. Chaque personne sera soumise à un questionnaire de santé en amont de sa venue. Une fois à l’hôpital, elle devra se munir d’un masque et passer par deux niveaux de contrôle : l’un à l’entrée des bâtiments et l’autre avant l’entrée en consultation. « Le niveau de circulation du virus est très faible. C’est très raisonnable de reprendre nos activités. Il est essentiel que la population se sente rassurée », estime le professeur Pierre Tatevin, infectiologue au CHU de Rennes.
Et si l’épidémie venait à reprendre à cause du déconfinement ? « Nous serons en capacité de nous réorganiser rapidement », promet la directrice de l’établissement Véronique Anatole-Touzet.