Les propriétaires poussent au départ l’infirmière par peur du Covid-19

Coronavirus à Montpellier : Une infirmière poussée à partir parce que les propriétaires ont peur du Covid-19

EXPULSIONL’infirmière au CHU de Montpellier s’était confinée dans l’appartement de sa fille pour protéger ses proches, dont sa mère malade, leur laissant en échange son logement. La propriétaire aurait tout fait pour les chasser
Jérôme Diesnis

Jérôme Diesnis

L'essentiel

  • Une infirmière anesthésiste du CHU de Montpellier a dû déménager, poussée à partir par ses propriétaires qui vivaient au-dessus de son logement.
  • Elle avait décidé de vivre dans l’appartement de sa fille pour ne pas mettre en danger ses proches. Et de mettre en sécurité sa mère, malade, dans son logement. La propriétaire leur aurait fait vivre l’enfer, la poussant à déménager. Sa mère, qui souffre de problèmes pulmonaires, a dû retourner en maison de retraite.
  • Le ministre du logement a dénoncé un acte abject, alors que le procureur de la République de Montpellier a ouvert une enquête préliminaire.

Une infirmière aurait été poussée à quitter son logement à Montpellier, parce que la propriétaire du logement qu’elle louait à Montarnaud, une petite commune en périphérie de Montpellier, avait peur d’attraper le coronavirus. Elle résidait au rez-de-chaussée d’une villa. La propriétaire, une retraitée, vivait à l’étage.

Mélina, infirmière anesthésiste au CHU de Montpellier, avait pourtant pris toutes les précautions pour ne pas contaminer ses proches et sa famille. « Ma fille a un petit appartement de 25 mètres carrés à Montpellier, à proximité de l’hôpital, où elle vit avec sa fille de trois ans », a expliqué sur BFMTV celle qui prend en charge la souffrance des patients touchés par le coronavirus au CHU. « Au début du confinement, j’ai demandé à ma fille, ma petite fille et ma mère de venir habiter à Montarnaud avec mon concubin et moi j’ai pris la décision d’habiter dans l’appartement de ma fille. J’en ai informé la propriétaire qui m’a dit rapidement que ces personnes devaient dégager, qu’elles allaient lui apporter le virus ».

Sa mère, souffrante, obligée de retourner en maison de retraite

La mère de Mélina souffre de problèmes pulmonaires. En la confinant à Montarnaud, avec sa famille, elle pensait pouvoir la protéger. Elle a dû finalement la remettre en maison de retraite. L’infirmière explique que les propriétaires coupaient le chauffage et l’eau chaude pour les forcer à partir et les réveillait en faisant très tôt un maximum de bruit. « Ma fille et ma mère pleuraient tous les jours, ce n’était plus possible ».

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La Gazette de Montpellier qui a révélé l’affaire, explique avoir contacté la propriétaire. Expliquant «qu'ils ne respectaient pas le bail» (le logement étant fait pour accueillir deux personnes), elle leur a répondu que « ces gens n’avaient pas à venir chez nous (…) il y avait cette grand-mère qui était dans un établissement pour personnes âgées. On sait bien que ce sont des endroits à risque ces établissements. Nous ne voulions pas de ça chez nous ».

« On s’en fout que vous mouriez du moment que ce n’est pas chez nous »

Mélina explique que la propriétaire lui a jeté à la figure cette phrase douloureuse pour celle qui se dévoue pour sauver des vies : « On s’en fout que vous attrapiez le virus et que vous mourriez avec. Du moment que vous ne mourrez pas chez nous. » Si elle a accepté de témoigner, « c’est pour que ça ne se reproduise pas. Je ne comprends pas que l’on stigmatise autant les soignants. Le pire, c’est qu’au début du confinement, on leur faisait leur course pour qu’ils ne sortent pas de chez eux ».

L’affaire a entraîné de très vives réactions sur les réseaux sociaux, notamment de la députée LREM Coralie Dubost : « Odieux ! Mais quel genre d’humain êtes-vous pour oser chasser la famille d’une infirmière du CHU de Montpellier qui sauve des vies chaque nuit ? ». Le Ministre du logement, Julien Denormandie, a dénoncé « un acte abject. Cela montre ce que la crise révèle de plus sombre chez les gens ».

Ouverture d’une enquête préliminaire par le procureur de la République

Le procureur de la République de Montpellier a annoncé de son côté l’ouverture « d’une enquête préliminaire afin d’établir si les conditions dans lesquelles cette personne a été amenée à quitter son domicile étaient susceptibles de recevoir une ou plusieurs qualifications pénales ». L’infirmière « a par ailleurs été mise en relation avec l’association France victimes 34 ».