Supporter anglais blessé sauvé par un CRS: «Je lui souhaite de se rétablir et j'aimerais beaucoup le rencontrer»
TEMOIGNAGE•Le récit du brigadier-chef Patrice Martin qui a pratiqué un massage cardiaque à un supporter anglais lors des heurts de samedi en marge du match Angleterre-Russie, à Marseille…Florence Floux
«C’était vraiment une journée particulière. » Ce samedi 11 juin, le brigadier-chef Patrice Martin ne risque pas de l’oublier. Appelé avec sa section de CRS pour des heurts entre supporters sur le Vieux-Port, à Marseille (Bouches-du-Rhône), il se retrouve non loin de là, sur le cours Estienne-d’Orves, aux alentours de 17h. Soit trois heures avant le début du match classé à risque Angleterre-Russie.
« Il y avait des bagarres isolées un peu partout, avec parfois de véritables lynchages de personnes tombées au sol. Des chaises, des pieds de parasol volaient… Il y avait des flaques de sang ici et là. Nous avons commencé à procéder par bonds offensifs pour disperser la foule. On a également fait usage de moyens lacrymo. »
« A une vingtaine de mètres de nous, nous avons remarqué une personne agenouillée auprès d’un homme qui se trouvait au sol, les bras en croix. Elle nous faisait de grands signes pour qu’on vienne l’aider. Les CRS sont tous formés au secourisme, ce qu’on appelle le SOC (secourisme opérationnel des CRS). Après le 13 novembre, nous avons tous été formés au secourisme de scènes de guerre. Je suis sauveteur sur les plages l’été et également moniteur de secourisme. J’ai donc été sollicité pour venir en aide à la victime. »
« Je me suis rendu à son chevet en étant protégé par ma section, puisque les bagarres se poursuivaient autour de nous. Mon groupe s’est mis en position de protection, avec les boucliers, autour de nous. »
« Lorsque je suis arrivé auprès de cet homme d’une quarantaine ou d’une cinquantaine d’années, son visage était tuméfié, son crâne déformé. Quelqu’un l’avait mis en position latérale de sécurité (PLS). J’ai pris son pouls. Je me suis rendu compte qu’il était en train de faire un arrêt cardiaque. »
« Je l’ai mis sur le dos et j’ai immédiatement commencé un massage cardiaque, toujours sous la protection de mes camarades. Au bout de trois minutes, j’ai à nouveau senti un pouls. Je l’ai remis en PLS, en continuant de la surveiller. »
« Les pompiers et le SMUR ont ensuite pris le relais. J’entendais des applaudissements, mais ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai compris que c’était nous qu’on applaudissait. »
« Tout s’est passé très vite. On est arrivés vers 17h sur les lieux, à 17h15 le SMUR arrivait. J’ai ensuite repris mes fonctions de maintien de l’ordre. J’avais déjà réalisé des massages cardiaques, mais dans le cadre dans mes fonctions de sauveteur l’été, jamais pendant un maintien de l’ordre violent. Je n’ai plus eu de nouvelle de cet homme, mais je lui souhaite de se rétablir, j’aimerais beaucoup le rencontrer. »
Les violences qui ont eu lieu à Marseille ont fait 35 blessés. Dix personnes ont été interpellées.