Avoir un fauve à la maison, c’est aussi facile que dangereux

Avoir un fauve à la maison, c’est aussi facile que dangereux

ANIMAUXLe cas d’un lion enlevé à son propriétaire dans l’Hérault intrigue…
Nicolas Beunaiche

Nicolas Beunaiche

Ses voisins avaient un chat, un chien ou un perroquet. Anthony Crapet, lui, avait un lion. Après sept mois de tranquillité, ce maçon de l’Hérault a finalement vu les gendarmes sonner à sa porte, le week-end dernier. Résultat : Ciam, âgé de 14 mois, lui a été retiré pour être transféré dans un centre en Belgique, où il est arrivé ce mercredi. L’épilogue d’une histoire folle. Mais une question demeure encore sans réponse : comment un particulier a-t-il pu se procurer un fauve sans alerter les autorités ?

Ces derniers jours, Anthony Crapet a donné plusieurs versions. A Midi Libre, il a d’abord affirmé qu’on le lui avait donné. Puis, devant les enquêteurs, il a assuré l’avoir acheté à un cirque, avant de dire plus vaguement qu’il l’avait « récupéré » en Belgique. Trois versions contradictoires mais tout aussi illégales les unes que les autres.

Un « vrai marché »

En France, le Code de l’environnement stipule qu’un propriétaire d’animal sauvage doit détenir un certificat de capacité et une autorisation d’ouverture, que l’animal soit exposé ou non au public. Les contrevenants s’exposent à un an d’emprisonnement et à 15.000 euros d’amende. A condition de se faire attraper, bien sûr.

Le problème, pour l’Etat, c’est que les vendeurs et les acheteurs d’animaux sauvages peuvent négocier librement. « Le vendeur n’a pas l’obligation de contrôler l’acheteur, explique Arnaud Lhomme, enquêteur pour la Fondation 30 millions d’amis. Tout repose sur son bon sens. » Rien n’empêche donc un particulier peu scrupuleux de s’offrir un tigre ou un lion pour faire plaisir à sa femme, comme l’a fait Anthony Crapet.


Le lion Ciam à son arrivée au Natuurhulpcentrum, en Belgique, le 4 novembre 2015. - 30 MILLIONS D’AMIS


L’Office national de la chasse et de faune sauvage (ONCFS) effectue bien des contrôles dans les parcs zoologiques et les établissements itinérants, et y effectue fréquemment des saisies d’animaux détenus illégalement. Mais il ne peut pas surveiller toutes les naissances, admet Eric Hansen, délégué interrégional pour le Centre et l’Ile-de-France. Certains cirques, fermes et zoos n’hésitent ainsi pas à vendre à des particuliers des animaux pourtant plus habitués aux grands espaces qu’au canapé du salon, accuse Arnaud Lhomme. Sans compter que des sociétés se sont fait une spécialité de ce type de vente complètement légale, notamment en Allemagne, poursuit-il. « Ils savent qu’il y a un vrai marché. »

Un lion, « ça ne vaut rien du tout »

D’après lui, le nombre d’animaux sauvages au domicile de particuliers aurait donc augmenté. De combien ? Impossible à dire. Mais un chiffre a de quoi étonner : en un an, entre six et dix fauves ont ainsi été retirés par 30 millions d’amis à leur propriétaire en situation irrégulière.

Les amoureux des fauves seraient renforcés dans leur envie de s’offrir une peluche par les prix étonnamment bas. « S’il [Anthony Crapet] a payé 14.000 euros pour son lionceau, il s’est fait escroquer, estime Arnaud Lhomme. Les parcs zoologiques ont un mal fou à recaser leurs fauves, qui se reproduisent par ailleurs très facilement. Un lion ou tigre, ça ne vaut rien du tout. » Un constat qu’Eric Hansen confirme. Il en veut pour preuve les deux lionceaux déposés en mars devant le Parc des félins de Nesles, en Seine-et-Marne. « S’ils avaient une valeur, ils n’auraient pas été abandonnés… »

Un fauve dans une remorque Citroën

Le plus coûteux resterait finalement d’élever son lion ou son tigre. Outre la quantité de viande nécessaire à son alimentation, un fauve a en effet besoin d’un espace protégé, si possible conséquent. Chez Anthony Crapet, Ciam vivait dans une cage de 15m² bien trop exiguë pour lui. En Seine-et-Marne, en mai, deux lions et deux tigres détenus illégalement pendant dix ans avaient eux aussi été retrouvés dans des cages, grandes celles-là… de 8m² chacune.

Parfois, les fauves évoluent aussi dans des fosses ou dans une pièce du domicile de leur propriétaire. « J’ai même vu un fauve dans une remorque de camion Citroën », se souvient Arnaud Lhomme. Les premières années, ils se montrent doux comme des agneaux. Puis ils grandissent, en même temps qu’ils deviennent dangereux. Le plus dur, alors ? Contenir alors le son de leurs rugissements, sous peine d’alerter les voisins… et les autorités.