L’indice de rondeur corporelle, un meilleur indicateur de santé que l’IMC ?

L’indice de rondeur corporelle est-il un meilleur indicateur de santé que l’IMC ?

FormeDes chercheurs préconisent de remplacer l’IMC par l’IRC pour mieux détecter les personnes à risque cardiovasculaire notamment
Anissa Boumediene

Anissa Boumediene

L'essentiel

  • Dans une étude récemment publiée, une équipe de chercheurs propose de remplacer l’indice de masse corporelle (IMC) par l’indice de rondeur corporelle (IRC).
  • Un indicateur qui prend en compte le tour de taille : la graisse abdominale ayants des effets délétères spécifiques pour la santé.
  • Selon les chercheurs, l’IRC pourrait ainsi devenir un meilleur outil d’évaluation du risque de mortalité.

Et si c’en était bientôt fini de l’IMC ? A l’avenir, il faudra peut-être lui préférer l’IRC. Norme de référence pour déterminer l’équilibre du rapport poids taille et détecter surpoids et obésité, l’IMC, ou indice de masse corporelle, a désormais un sérieux concurrent : l’IRC, pour indice de rondeur corporelle.

Remplacer l’IRC par l’IMC, c’est ce que proposent des chercheurs américains et chinois dans une étude récemment publiée dans la revue scientifique JAMA Network Open. Selon eux, cet indicateur serait plus efficace pour évaluer les risques liés au surpoids de développer maladies cardiovasculaires et métaboliques. Mais en quoi consiste-t-il ?

Le tour de taille : un indicateur plus précis

Si « le surpoids et l’obésité sont diagnostiqués par le calcul de l’IMC, la mesure du tour de taille est également importante car elle permet d’apprécier l’excès de graisse au niveau de l’abdomen », relève l’Assurance Maladie. En pratique, le calcul de l’IMC correspond au poids divisé par la taille au carré, et « indique si la personne est en surpoids, poursuit l’Assurance Maladie. Si l’IMC est entre 25 et 29,9, il existe un surpoids. Entre 30 et 34,9, il s’agit d’obésité modérée. Entre 35 et 39,9, il s’agit d’une obésité sévère. A plus de 40, on parle alors d’obésité massive ». Or, on le sait, surpoids et obésité sont des facteurs de risques de maladies cardiovasculaires et métaboliques. Mais « le tour de taille est un autre indicateur, ajoute l’Assurance Maladie. Il donne une image simple de l’excès de graisse accumulé au niveau de votre abdomen ».

C’est la piste explorée par les auteurs de l’étude. « Nos résultats fournissent des preuves convaincantes de l’application de l’IRC comme outil de dépistage non invasif et facile à obtenir pour l’estimation du risque de mortalité et l’identification des individus à haut risque, expliquent les auteurs de l’étude. Ce concept nouveau pourrait être intégré dans la pratique de santé publique en attendant une validation cohérente dans d’autres études indépendantes ». Pour l’équipe de chercheurs, « ces résultats suggèrent que l’IRC pourrait être prometteuse en tant que nouvelle mesure anthropométrique associée à la mortalité, toutes causes confondues ». Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont passé au crible les données médicales d’environ 33.000 patients américains sur une vingtaine d’années.

En pratique, pour être efficace, la mesure du tour de taille doit être réalisée dans des conditions précises, conseille l’Assurance Maladie : « sans vêtements, directement sur la peau, debout les pieds joints, avec les bras relâchés de chaque côté du corps, à la fin d’une expiration normale en plaçant un mètre ruban horizontalement, à mi-distance entre la partie inférieure de la dernière côte et la partie la plus haute de l’os du bassin ».

Un révélateur du risque de maladies métaboliques

Puis, « le tour de taille est jugé trop élevé s’il est supérieur ou égal à 80 cm pour une femme et 94 cm pour un homme, précise l’Assurance Maladie. Il est alors associé au développement des complications métaboliques comme le diabète, l’augmentation du cholestérol et/ou des triglycérides dans le sang, et à l’augmentation du risque cardiovasculaire ».

Ce que confirment les auteurs de l’étude. Ils ont ainsi constaté que l’association entre l’IRC et la mortalité toutes causes confondues suivait « une forme en U » : les groupes ayant un IRC inférieur ou supérieur à la normale avaient « un risque significativement accru de mortalité, toutes causes confondues ».

Si cet IRC commence à avoir la préférence de plus en plus de médecins et scientifiques, c’est parce que la graisse localisée au niveau de l’abdomen a des effets particulièrement délétères pour la santé. Ainsi, la graisse viscérale « n’est pas un tissu inerte, elle est composée de cellules graisseuses et est aussi très vascularisée, a expliqué le Pr Claire Mounier-Vehier, cardiologue et présidente de la Fédération française de cardiologie. Elle sécrète des substances inflammatoires qui favorisent la rigidité et le vieillissement des artères. Parallèlement, cet excès de graisse abdominale active l’insulinorésistance et stimule le système nerveux sympathique, ce qui peut à terme précipiter un AVC, ou favoriser le développement d’un anévrisme aortique. L’excès de graisse abdominale est une maladie de l’environnement, et c’est un booster de maladies cardiovasculaires ».