Macron voulait doubler le nombre de maisons de santé, un pari tenu ?

Quinquennat Macron : Doubler le nombre de maisons de santé, une vraie réponse aux déserts médicaux ?

BILAN DE SANTEA quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle, « 20 Minutes » s’intéresse à l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron en 2017 : doubler le nombre des maisons de santé
Oihana Gabriel

Oihana Gabriel

L'essentiel

  • Alors que l’élection présidentielle approche, 20 Minutes se penche sur certaines mesures de santé promises par Emmanuel Macron.
  • Le candidat de 2017 avait promis de multiplier par deux le nombre de maisons de santé en France.
  • Côté chiffres, la promesse a été tenue. Et côté accès à la santé, selon certains travaux de recherche, les résultats sont également au rendez-vous. Mais ce n’est qu’un des leviers pour lutter contre les déserts médicaux.

C’est un serpent de mer qui revient à chaque élection. La question des déserts médicaux, qui reste criante en 2022. Nombre de Français n’ont plus accès à un généraliste, des maires redoublent d’inventivité pour attirer un médecin​… Un sujet qui n’avait pas échappé au candidat Macron en 2017. Parmi ses promesses de campagne, il avait promis de doubler le nombre de maisons de santé.

Cinq ans après son élection, est-ce une promesse tenue et suffisante pour aider les déserts médicaux ?

Près de 2.000 maisons de santé

Mais tout d’abord, c’est quoi une maison pluridisciplinaire de santé ? Un lieu qui permet de regrouper différents soignants : généraliste, infirmière, sage-femme, kiné, dentiste, orthophoniste… Histoire de pouvoir travailler en collaboration, de partager les dossiers, d’avoir une aide pour l’administrative, pour l’accueil…

En mars 2017, la France disposait de 910 maisons de santé, contre 20 en 2008. Selon la Direction générale de l’offre de santé (DGOS), quatre ans plus tard, en juin 2021, « nous comptions 1.889 maisons de santé créées sur le territoire, contre 1.500 en 2020 ». Et 451 maisons étaient en projet en juin 2021. Toujours à cette date, on comptait 499 centres de santé (même principe, mais les soignants sont salariés). On peut donc estimer que la promesse d’Emmanuel Macron est tenue.

Julien Mousquès, économiste et directeur de recherches à l’Institut de Recherche et Documentation en Economie de la santé (IRDES), travaille sur cette question depuis des années. « L’installation des maisons de santé a démarré à la fin des années 2000, rappelle-t-il. La tendance est bien là et l’investissement fourni se confirme. C’est un des leviers mobilisés – pas le seul – pour lutter contre les déserts médicaux. Mais la France rattrape doucement d’autres pays où l’exercice regroupé, c’est davantage la règle que l’exception. »

Ces créations de maisons de santé répondent à une demande des médecins. « On n’a pas le chiffre des généralistes qui y travaillent, mais on estime que 65 % des médecins travaillent en groupe et 20 à 25 % en maisons de santé. » Par ailleurs, cette volonté de regroupement se retrouve beaucoup dans les jeunes générations. « Sur les médecins qui s’installent, plus de 80 % choisissent les maisons de santé. »

Mais ces nouveaux lieux permettent-ils vraiment d’améliorer l’accès aux soins des Français les moins bien dotés ? « Un peu plus de 60 % des maisons de santé sont localisées dans des territoires moins favorisées en termes de soin, reprend le chercheur. Avec deux zones privilégiées : les marges rurales et les périphéries de grands pôles urbains, pour lesquels il y a un déficit de service en général et de santé en particulier. »

« Un effet amortisseur pour les territoires qui en ont bénéficié »

Voilà pour le côté géographie. Mais le chercheur et son équipe vont plus loin dans l’analyse. En comparant les zones qui disposaient d’une ou plusieurs maisons de santé et celles qui n’en avaient pas, entre 2004 et 2021, « nos travaux montrent que pour la médecine générale, l’ouverture de ces maisons de santé a un effet amortisseur pour les territoires qui en ont bénéficié, reprend-il. On estime que 4 à 5 médecins généralistes (pour 100.000 habitants) supplémentaires exercent dans ces départements dotés d’une maison de santé. Il y a un bien un phénomène d’amélioration de l’offre de soin du point de vue de la densité médicale. »

Un deuxième point interpelle : les médecins qui travaillent dans ces lieux pluridisciplinaires suivent 10 à 15 % de patients en plus. Une information importante alors qu’on sait que les généralistes vont continuer à manquer jusqu’à 2030 et qu’environ 30 % de la population française vit aujourd’hui avec un déficit de soins.

Un désert médical est souvent un désert de services publics

Reste que ces maisons de santé ouvrent en général dans un bourg, là où quelques services sont encore présents ou reviennent. Et parfois loin d’une personne âgée, malade et incapable de se déplacer. Autre limite, plus importante : ces nouveaux lieux ont parfois du mal à attirer médecins et paramédicaux. Des maires alertent sur des murs flambant neufs... qui restent vides. Frédéric Chéreau, maire de Douai, où deux maisons de santé ont ouvert récemment, confirme. « Elles permettent d’enrayer la désertification médicale, mais ce n’est pas la panacée, résume le co-président de la commission santé de l’Association des Maires de France (AMF). Le vrai sujet, c’est la pénurie de généralistes et leur installation tous au même endroit. La maison de santé, ça peut attirer des médecins, notamment jeunes. Mais il faut les faire vivre. J’ai déjà vu des projets où l’on part tout feu tout flamme et ça périclite… »

Car pour attirer des généralistes, il ne suffit pas de promettre une large patientèle. Encore faut-il que ces soignants aient l’assurance que leur conjoint trouvera du travail, leurs enfants une école, que la connexion Internet sera bonne et que les transports fonctionnent… « Fondamentalement, augmenter le nombre de médecins formés ou jouer sur l’incitation financière, ça ne va pas être très efficace pour lutter contre les déserts médicaux, prévient Julien Mousquès. On fait face à des injonctions paradoxales. On demande à la politique sanitaire de compenser ce que la politique d’aménagement du territoire ne fait pas… »

D’autres pistes pour lutter contre la désertification médicale

On l’a compris, ouvrir des maisons de santé ne suffira pas à résoudre le problème des déserts médicaux. Problème qui revient sur le devant de la scène lors de cette campagne présidentielle avec de nouvelles pistes. Certains veulent revenir sur la liberté d’installation des médecins. C’est l’une des propositions de Mélenchon, alors que d’autres candidats misent sur des incitations financières. « Pour renforcer l’attractivité de la profession de généraliste, puisque ce qui fait fuir les jeunes, c’est la permanence des soins, pourquoi ne pas faire porter les gardes par tous les soignants, pas seulement les généralistes ? », suggère le maire de Douai.

Certains observateurs pensent qu’il faudrait surtout miser sur la substitution ou complémentarité de tâches. De plus en plus, les pharmaciens, infirmières, sages-femmes peuvent vacciner, suivre un patient chronique, proposer l’IVG… « A l’évidence, la France ne mobilise pas beaucoup ce levier, regrette Julien Mouquès. Alors que le nombre d’infirmières augmente beaucoup. » Nul doute alors que les programmes santé des candidats seront scrutés de près par certains habitants de ces régions sous dotées.