L’AP-HM est en crise, quelles conséquences pour les patients?

Marseille: Personnels supprimés, fuite des médecins, pénurie de pansements… L’hôpital est en crise, quelles conséquences pour les patients?

MEDECINEAvec un déficit énorme, l’AP-HM prend un plan de sauvetage d’urgence, non sans conséquences…
Mathilde Ceilles

Mathilde Ceilles

L'essentiel

  • Un plan de modernisation de l’AP-HM, financé par l’Etat, prévoit d’importantes suppressions d’emploi.
  • Les syndicats craignent que cela ait des conséquences sur les conditions d’accueil des patients et sur le maintien des spécialités.
  • La direction fait valoir une modernisation de l’hôpital, avec notamment des rénovations.

Dans les couloirs des différents sites de l’Assistance publique hôpitaux de Marseille (AP-HM), on parle beaucoup chiffres ces derniers temps. Il faut dire que certains donnent le vertige : un milliard d’euros de dette pour le troisième CHU de France, qui dépense chaque année 50 millions d’euros et accuse un déficit cumulé de 550 millions d’euros.

Mais c’est un autre chiffre qui a poussé le personnel à lancer ce jeudi un mouvement de grève. Celui d’un millier de suppressions de postes que comprendrait le projet de modernisation de l’AP-HM, dont 300 à 400 parmi le personnel soignant. Un projet sans lequel l’hôpital, dans une situation délicate depuis plusieurs années, « va mourir », selon le professeur Dominique Rossi, président de la commission médicale de l’AP-HM.

Projet de rénovation sans équivalent

Projet de rénovation sans équivalent ou presque pour l’AP-HM depuis les 280 millions d’euros versés par l’Etat en 2007, pour un nouveau bâtiment médico-technique, les quelque 300 millions d’euros attendus entre 2018 et 2024 par les hôpitaux marseillais devront être accompagnés par une réorganisation profonde, avec notamment un développement de l’ambulatoire ou la refonte de plusieurs unités, qui devraient passer de 10 ou 15 lits à 25 voire 28 lits.

Des changements qui interrogent sur les futures conditions de prise en charge des patients. Du côté des syndicats, les coupes prévues dans le cadre du plan inquiètent, au point d’appeler à la grève ce jeudI.

Des conditions d’accueil dégradées ?

« Il faut qu’on m’explique comment on fera tourner l’hôpital en supprimant des postes », s’interroge Audrey Jolibois, secrétaire générale FO à l’AP-HM, syndicat majoritaire à l’origine du mouvement de grève. Et d’affirmer : « Le personnel ne pourra pas prendre en charge cet effort supplémentaire et mener leurs missions de soignant à bien avec moins de personnel. La situation est déjà tendue : aujourd’hui, des médecins prennent la décision de fermer des lits car ils savent qu’ils n’ont pas les moyens humains pour prendre en charge les patients… »

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Sur Sud Radio, la ministre de la Santé a d’ailleurs déclaré hier « qu’on ne peut pas baisser les effectifs de soignants », car les équipes « sont sous d’énormes tensions » et font « un métier très difficile ». Interrogée à ce propos, la direction de l’hôpital a confirmé que le plan passerait notamment par cette suppression de personnel, sans pour autant accepter de commenter les chiffres.

Manque de blouses et pansements

Regrettant que certains aient donné des chiffres qu’ils « savaient » -ce qui laisse entendre qu’ils seraient véridiques —, Jean-Olivier Arnaud, directeur général de l’AP-HM, a cependant concédé que le but de ce projet de réorganisation est « non pas de créer des suppressions de postes, mais de les étaler, jusqu’en 2024, car il y en aura ».

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La direction fait en outre valoir les bénéfices matériels d’un tel plan, qui prévoit notamment un important volet rénovation, face à un hôpital vieillissant et aux manques de moyens récurrents. « On ne paie plus les fournisseurs, donc ils ne nous livrent plus, et on se retrouve par exemple sans blouse ou pansement au service réanimation », regrette Audrey Jolibois. Le professeur Dominique Rossi, président de la commission médicale de l’AP-HM, abonde, dénonçant « l’état de délabrement et de vétusté de l’établissement » et « les conditions de travail éreintantes. »

Des spécialités en danger

Le plan de modernisation comprend ainsi 40 millions d’euros d’investissements purement techniques, avec par exemple 8 millions pour la simple rénovation des ascenseurs. « Plusieurs millions d’euros vont permettre par exemple une hôtellerie de bonne qualité, une bonne qualité de bloc opératoire ou de remédier à un manque de petit matériel », affirme Claude d’Harcourt.

Il faut dire que l’enjeu derrière cette rénovation est crucial : celui de retenir les spécialistes qui font la renommée de l’hôpital et en attirer de nouveau. « Le rayonnement de l’AP-HM va au-delà des Bouches-du-Rhône, avec des spécialités en pointe comme la maladie de Parkinson, analyse Claude d’Harcourt, le directeur général de l’Agence régionale de santé. Nous voulons faire en sorte que l’hôpital reste au top, il faut travailler sur l’attractivité de l’hôpital. »

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« Des médecins commencent à se désespérer de ces conditions de travail, et préfèrent partir dans le privé, affirme Audrey Jolibois. Par exemple, le service ophtalmologie est en grande difficulté après le départ d’un professeur renommée dans une clinique privée de Marseille. » Et de craindre à termes la fermeture d’unités complètes au sein de l’hôpital. « On perd des spécialités, et on se retrouve avec des hôpitaux publics qui font de la médecine de recours. On deviendra un hospice pour les pauvres, et les riches iront dans les cliniques. »