A gauche, une campagne où on compte les poings

Présidentielle 2022 : A gauche, une campagne où on compte les poings

MESENTENTE CORDIALEDerrière l’échec du rassemblement à gauche, l’ambiance paraît plus tendue que jamais entre candidats, dont les électeurs et électrices peinent à distinguer les différences majeures
Rachel Garrat-Valcarcel

Rachel Garrat-Valcarcel

L'essentiel

  • De Jean-Luc Mélenchon à Yannick Jadot en passant par Anne Hidalgo et Fabien Roussel, les candidats de gauche ne sont pas tendres les uns avec les autres.
  • Pourtant, chacun s’accorde à admettre qu’en cas de victoire, il faudra travailler avec les autres.
  • Pendant ce temps, l’électorat de gauche semble découragé.

Le PS ? Un « astre mort », pour Jean-Luc Mélenchon, « le Temple solaire », pour Yannick Jadot. Les écologistes ? Des « menteurs, hypocrites et faux jetons » (Mélenchon toujours), qui ont « un problème avec la République » (Anne Hidalgo). Et le candidat de La France insoumise ? Rien de moins qu’un « adversaire », pour le communiste Fabien Roussel. Parmi ce florilège, certaines déclarations ont quelques mois déjà, d’autres quelques semaines. Mais toutes soulignent que la campagne présidentielle est à couteaux tirés à gauche de l’échiquier politique, où personne ne semble plus pouvoir se voir en peinture. L’échec d’un rassemblement n’en étant que le dernier signe.

Pourtant, chaque chapelle l’assure : en privé, ça discute. Ça discute entre partis, ça discute entre candidats ou entre équipes de candidats. Ça discute, on vous dit. Publiquement, pourtant, on est loin d’un pacte de non-agression entre candidats et candidates qui, si l’un ou l’une d’elles devait l’emporter, devra forcément composer avec les autres. Un pacte de non-agression qui avait existé – un temps – en 2017, entre Benoît Hamon, candidat socialiste, et Jean-Luc Mélenchon.

« Le sujet, ce n’est pas de sauver le PS »

« Ce qui a changé, c’est que le candidat PS n’est pas le même, remarque le député insoumis Eric Coquerel. C’était plus simple d’avoir un pacte de non-agression avec un candidat venu de l’aile gauche du PS qu’avec Anne Hidalgo. On a pas mal de grosses différences sur le fond, avec elle. » Même si aucun parti n’est épargné, c’est d’abord le PS qui est dans le viseur. L’ancien parti hégémonique désormais enkysté sous les 5 % paye des années d’arrogance, en tout cas du point de vue de ses « partenaires » à gauche.

« Le sujet, ce n’est pas de sauver le PS », a d’ailleurs dit très explicitement en décembre Yannick Jadot pour écarter l’idée d’une primaire à gauche proposée par Anne Hidalgo. Pour Benjamin Lucas, porte-parole du candidat écologiste – qui connaît bien les socialistes pour en avoir été un jusqu’en 2018, avant de partir chez Génération·s (le parti de Benoît Hamon) –, ces petites phrases ne sont « pas des propos durs ». « C’est lié à la nature du débat : il faut que l’on parle enfin des questions qui préoccupent les Français. » Sous entendu : pas l’union de la gauche. Quand bien même, depuis des années, une bonne partie de l’électorat de gauche le demande, à longueur de sondages, de questions d’auditeurs ou auditrices dans les matinales ou encore d’interpellation sur les réseaux sociaux.

Où ça, un agacement ?

Sur le terrain, cet agacement des électeurs de gauche, nos deux interlocuteurs ne la ressentent pas : « Non, personne ne nous reproche rien. Vous savez, les gens n’ont pas envie de revivre les années Hollande », lâche Eric Coquerel. Sérénité aussi chez Benjamin Lucas : « Nos militants savent pourquoi ils se battent, notre offre est cohérente et lisible. C’est peut-être moins vrai pour les socialistes… »

Au PS, certains responsables reconnaissent bien volontiers un manque de lisibilité. Mais ils regrettent que le débat se réduise toujours au mot d’ordre « Plus jamais le PS ». « Dans mon département, j’ai réussi à mettre tout le monde autour de table. Même avec les insoumis, localement, je peux discuter, raconte un cadre local du parti à la rose passé par les ministères sous Hollande. Mais tant que Mélenchon sera là, rien ne sera possible. Ce mec-là veut trop se payer le PS ! » Ce cadre va même jusqu’à se demander si Mélenchon et Jadot ne vont pas finir par s’allier pour enterrer définitivement la candidature socialiste. Un autre, collaborateur parlementaire, est plus prosaïque : « Ils ont beau jeu de dire qu’ils ne veulent plus du PS. Mais aux législatives, sans rassemblement de la gauche, il n’y a pas beaucoup de députés insoumis qui seront réélus. »

L’union, c’est pour après

Avec, peut-être, cette idée en tête, Benjamin Lucas s’empresse de préciser qu’il n’a, au fond, « pas de difficultés avec les autres partis de gauche ». Dimanche, Jean-Luc Mélenchon a même annoncé que si, le 10 avril, il était qualifié pour le second tour de la présidentielle, il entamerait des discussions avec le reste de gauche pour former un gouvernement. Même avec le PS ? « Il n’y aura pas de limites, on verra bien ce qui se passe, annonce Eric Coquerel. Mais si on est au second tour, ça voudra dire que ça se fera sur la base de notre programme. » Voilà les socialistes – qualifiés par le même Mélenchon de « bagage accompagné » de LREM dès le lendemain – prévenus.

Pas sûr que cela remobilise des électeurs et électrices de gauche que les sondages annoncent découragées. Peut-être un peu trop habituées à cette rengaine de l’union qu’on annonce toujours pour après, suivant les convenances et le calendrier propre à chaque parti. Après les européennes, après les régionales… désormais après le 10 avril 2022. Bientôt après la défaite à la présidentielle ?