Présidentielle 2022 : « Complotiste », « inacceptable »… Jean-Luc Mélenchon renoue avec les polémiques
POLITIQUE•Le tribun insoumis a été vivement critiqué par la classe politique après ses propos ambigus sur les violences lors des campagnes présidentiellesThibaut Le Gal
L'essentiel
- «Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre […]. Tout ça, c’est écrit d’avance ! », a lancé Jean-Luc Mélenchon, dimanche sur France Info.
- Le candidat de La France insoumise a été très critiqué pour cette sortie jugée « complotiste » par ses adversaires.
- Avec cette déclaration controversée, le député se retrouve embarrassé en pleine campagne électorale.
Une prophétie pleine de controverse. « Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre […] Tout ça, c’est écrit d’avance », a lancé Jean-Luc Mélenchon sur France info dimanche.
« Nous aurons l’événement gravissime qui va, une fois de plus, permettre de montrer du doigt les musulmans et d’inventer une guerre civile. Voilà, c’est bateau tout ça ! », a poursuivi le candidat de La France insoumise, citant en exemple l’affaire Merah en 2012, l’assassinat d’un policier sur les Champs-Elysées en 2017, et l’agression du retraité « Papy Voise » en 2002. Ces propos ont provoqué une polémique depuis dimanche et pourraient affaiblir la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.
Mélenchon accusé de « complotisme »
Car ses adversaires ont tapé dur, à l’image de la ministre Marlène Schiappa, qui l’a accusé lundi de tenir « des propos complotistes » et « honteux » qui « manquent de respect aux familles de victimes » des attentats terroristes. Le secrétaire d’Etat Cédric O a pour sa part dénoncé un « naufrage politique et républicain », alors que des familles de victimes de Mohamed Merah se sont aussi offusquées de cette sortie.
A gauche, écologistes et communistes sont restés discrets, mais plusieurs cadres socialistes ont également taclé le candidat : « Réduire les atrocités des attentats de Montauban et Toulouse en 2012 à de la machination électorale est inacceptable. Quand on manie ainsi la démagogie, on ne peut prétendre à devenir président de la République », a tweeté Valérie Rabault, la patronne des députés PS.
Une polémique de plus
Face aux critiques, les insoumis ont fait bloc, tentant tant bien que mal d’expliciter les propos de leur patron : « La croisade anti-Mélenchon se poursuit. Il dénonçait l’instrumentalisation, prévisible, écrite d’avance, de tels événements en période électorale », a ainsi réagi le député LFI du Nord Adrien Quatennens. Mais la sortie pourrait faire mal au tribun, déjà lancé dans la course à la présidentielle.
Car le député des Bouches-du-Rhône peine déjà à retrouver l’allant de 2017, après avoir essuyé des débâcles électorales aux européennes 2019 et aux municipales 2020. Il s’est aussi retrouvé régulièrement au cœur de polémiques : condamnation judiciaire pour les incidents lors de la perquisition du siège de LFI en 2018, critiques après sa participation en novembre 2019 à la marche contre « l’islamophobie » aux côtés du CCIF, propos ambigus sur « la communauté tchétchène » après l’attentat dans les Yvelines en octobre dernier… De quoi affaiblir son image dans l’opinion ?
Une popularité en chute libre depuis la perquisition de 2018
« En avril 2017, il était la personnalité politique la plus appréciée des Français, à 68% d’opinions favorables, grâce à une campagne réussie et la sagesse et le calme qu’il dégageait lors des débats. Mais depuis la perquisition de 2018, la tendance est à l’effondrement de sa popularité, de près de 30 points », assure Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop. « Désormais, on voit dans nos enquêtes qu’il inquiète davantage les Français que Marine Le Pen, que son capital sympathie s’est épuisé et sa stature de présidentiable s’est effritée avec ces polémiques, même s’il reste le candidat le mieux placé à gauche pour 2022 », rappelle le sondeur. Jean-Luc Mélenchon est crédité, selon les sondages, de 11 à 13 %, soit près du double que ses concurrents à gauche Anne Hidalgo (PS) ou Yannick Jadot (EELV). Chez les insoumis, on estime d’ailleurs que cette sortie n’aura aucun impact sur la campagne à venir.
« Certains tentent d’exploiter cette interview au service de la stratégie du "Tout sauf Mélenchon'. Ils reprennent et déforment ses propos pour attaquer LFI, déplore William Martinet, chef de file insoumis de Seine-Saint-Denis pour les régionales. Cette tentative de diabolisation n’est pas nouvelle, mais je crois que la population est de plus en plus lucide sur ce genre de polémiques médiatiques, et qu’elles n’ont pas d’impact. »