Créer un groupe à l’Assemblée : Ces dissidents LREM l’ont déjà fait, ils racontent
FAMILLE•Un neuvième groupe a été créé ce mardi à l’Assemblée, autour d’ex-marcheurs qui ne sont pas les premiers à claquer la porte de LREMLaure Cometti
L'essentiel
- L’annonce d’un neuvième groupe politique à l’Assemblée nationale, composé de dissidents LREM à l’aile gauche, a été officialisée ce mardi.
- A l’automne 2018, des dissidents LREM avaient déjà créé un groupe de députés, autour de parlementaires issus d’autres courants.
- Ils expliquent à 20 Minutes comment ce geste très politique a aussi changé leur quotidien de député.
Ça y est ! Après de longues tractations, un neuvième groupe va voir le jour ce mardi à l’ Assemblée, ont déclaré des députés fondateurs à l'AFP. L’annonce sera publiquement officialisée lors d’une conférence de presse à 11 heures, a confirmé à 20 Minutes l’un des chefs de file de ce rassemblement, le député du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin. Celui qui avait quitté le groupe de La République en marche en février 2019 va être rejoint par d’autres députés ayant choisi le franchir le Rubicon, ce qui pourrait faire perdre la majorité absolue au parti présidentiel. Dès 2018, d’autres députés avaient quitté le navire macroniste et s’étaient alliés pour former un huitième groupe, baptisé « Libertés et territoires ». 20 Minutes leur a demandé ce que cela avait changé dans leur travail de parlementaire.
Libérés, délivrés…
« Liberté » est l’un des premiers mots à la bouche de ces ex-LREM. « Les consignes c’était : "Ne fais rien, viens voter comme on te le demande." Impossible de proposer ne serait-ce qu’un amendement sans demander l’aval du bureau », se souvient François-Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône. Quitter le groupe LREM en octobre 2018 a été, pour lui, l’occasion de « retrouver une liberté d’expression et de vote ».
« Quand j’étais chez En marche, j’ai très mal vécu ces instructions », se souvient Frédérique Dumas. « Je comprends qu’une majorité doit avoir un minimum d’homogénéité, et doit soutenir le gouvernement mais là, c’est allé trop loin, avec une gestion de groupe extrêmement autoritaire, et des caricatures de méthodes du passé, des pressions exercées sur certains ». La députée des Hauts-de-Seine a quitté le groupe LREM en septembre 2018 et fait un bref passage au groupe UDI, Agir et Indépendants (UAI), avant de rejoindre Libertés et Territoires en juin 2019.
Ce groupe rassemble des élus issus notamment des centres droit et gauche, des radicaux et des écologistes. « Chez nous, il n’y a pas d’instructions ni de pressions venues d’en haut, de l’Elysée ou d’un parti », poursuit Frédérique Dumas. « On vient d’univers différents, on échange, on discute, et ensuite on essaie de dégager une position majoritaire ». Et si un député choisit de ne pas la suivre, il n’y a pas de sanctions, tandis que le groupe LREM a récemment exclu la députée Martine Wonner après son vote contre la stratégie de déconfinement du gouvernement.
Ne plus s’effacer dans un groupe pléthorique
Deuxième différence vantée par ces élus, la taille. « Dans un groupe pléthorique, la parole s’efface derrière le nombre, alors que dans un petit groupe, tout le monde parle, et tout le monde s’écoute », observe Jean-Michel Clément. Le député de la Vienne a été le deuxième à quitter le groupe LREM, en septembre 2018, en « désaccord politique profond » avec la loi asile et immigration. A l’époque, le groupe comptait 313 membres, contre 20 pour Libertés et Territoires, qu’il a rejoint en octobre 2018.
« J’ai gagné en visibilité », constate également François-Michel Lambert. « Pour être visible à LREM, il faut être proche des chefs, d’un cercle très restreint, ou être frondeurs. Et, au milieu, il y a 250 députés qu’on n’entend quasiment pas ». Rejoindre un groupe de 20 députés signifie mécaniquement « plus de prises de parole dans l’hémicycle, plus de questions au gouvernement, plus de participation », résume l’élu, qui se dit « plus épanoui » et plus « impliqué » dans les travaux parlementaires.
« Un appendice d’En marche » ?
Le neuvième groupe tiendra-t-il lui aussi ses promesses de liberté et de visibilité pour les députés sécessionnistes ? Baptisé « Ecologie démocratie solidarité », il devrait s’inscrire « ni dans la majorité, ni dans l’opposition ». Ce qui pose problème, selon plusieurs ex-LREM. « Cela risque de ressembler à un appendice d’En marche », avance Jean-Michel Clément. « Ils promettent la liberté de vote, mais s’ils sont en soutien de la majorité, il n’est pas évident qu’il n’y ait pas d’instruction de vote », enchaîne Frédérique Dumas.
« Ils pourront faire de l’agitation médiatique », estime François-Michel Lambert, plus circonspect sur le poids politique de ce groupe, « sans parti derrière, sans ministre, sans personnalité ».
Cette naissance d’un neuvième groupe (un record) à l’Assemblée risque en tout cas d’affaiblir la majorité, où les initiatives foisonnent ces jours-ci. D’après nos informations, les députés LREM Hugues Renson et Barbara Pompili souhaitent créer un courant social et écologiste en interne, tandis que d’autres élus du parti majoritaire veulent incarner un courant destiné à réaffirmer la place centrale de l’Etat.