Partager un jardin en ville, une nouvelle forme de convivialité
PLANETE•A Paris ou New-York, des petits coins de campagne apparaissent...Audrey Chauvet
Ils ont manifesté betteraves et carottes à la main. Ce mercredi, 75 membres de l’association New York City Community Garden Coalition se sont rassemblés devant la mairie pour demander la protection des 300 jardins communautaires de la ville contre les promoteurs à la recherche de terrains. Si New-York est le berceau des jardins partagés, les métropoles européennes ne sont pas en reste: à Paris, près de cinquante jardins ont vu le jour.
Jardinage écologique et récoltes prometteuses
Le principe des jardins partagés est de cultiver, entre habitants d’un même quartier, une petite parcelle de terre. Regroupés en association, les jardiniers amateurs détiennent les clés de leur potager, qu’ils ouvrent au public plusieurs fois par semaine.
Au jardin partagé de l’Aqueduc, dans le 14e arrondissement de Paris, ce sont plus de 280 parisiens qui cultivent un emplacement de 1.000 mètres carré le long des voies du RER B. Chaque adhérent cultive une petite parcelle, sur laquelle il est libre de faire pousser ce qu’il veut, du moment qu’il respecte les règles de jardinage écologique: pas d’engrais ni de pesticides, des plantes adaptées au sol et au climat, récupération des eaux de pluie ou compostage.
C’est ainsi que Samantha, une jardinière parisienne de l’Aqueduc, a récolté près de 6 kilos de pommes de terre et 15 potimarrons l’an dernier: «Ce jardin, c’est toute ma vie et en plus cela me permet de ne pas acheter tous mes légumes».
Retrouver ses racines et ses voisins
A Paris, la mairie soutient ces initiatives avec un programme baptisé «Main verte». Pour y participer, le jardin doit proposer des activités collectives de jardinage et favoriser l’insertion et la création de lien social en organisant au moins un événement public par saison.
Car le but de ces jardins n’est pas seulement écologique ou alimentaire: le jardin partagé est un lieu ouvert sur le quartier, qui favorise des rencontres conviviales entre ses habitants. Pique-niques, dégustations de fruits, ateliers bricolage et jardinage... Les jardins sont une occasion pour renouer avec ses racines et ses voisins: «C’est du concret, et cela ramène les gens à leur histoire. C’est intéressant de valoriser cet héritage», explique Sophie, vice-présidente de l’association de l’Aqueduc.
Entre «bobo» et social
Certains jardins ont une vocation d’insertion et accueillent des personnes handicapées ou victimes d’exclusion. Mais les jardins partagés ont une image «bobo» qui leur colle à la peau. Créés dans les années 1970 à New-York par une artiste peintre qui regrettait que les terrains vagues de son quartier ne soient pas plus verts, ils sont aussi les héritiers des jardins ouvriers du siècle dernier.
A mi-chemin entre revival écolo et action sociale, les jardins partagés connaissent un succès croissant: au jardin de l’Aqueduc, où l’adhésion coûte quinze euros par an, on peut attendre jusqu’à deux ans avant d’avoir une place. A l’image des AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), qui proposent des paniers de fruits et légumes bio aux citadins, les jardins partagés reflètent les aspirations des citadins à plus d’authenticité et de convivialité.