Pourquoi de plus en plus de surfeurs veulent créer « des réserves de vagues »
Protection•La première réserve a été créée à Quiberon, en Bretagne, en accord avec la municipalité, pour préserver cet environnement marin exceptionnel
Camille Allain
L'essentiel
- La première réserve de vagues a été créée cette année à Quiberon, dans le Morbihan.
- Ce choix voté par la municipalité engage la collectivité à ne pas mener de travaux susceptibles de modifier les vagues.
- De plus en plus de surfeurs souhaitent protéger leurs vagues. Pas seulement pour leur plaisir, mais surtout par respect pour l’environnement et la biodiversité qu’elles abritent.
«Ce n’est pas une vague normale. Quand elle arrive sur la dalle de rochers, elle aspire toute l’eau et elle double sa taille. Elle monte d’un coup, à pleine vitesse ». Imaginez que ces mots prononcés par le bodyboardeur breton Yann Salaün au sujet de la monstrueuse vague Annaëlle n’appartiennent qu’au passé. Imaginez que la vague secrète du nord Finistère disparaisse parce que l’homme a modifié son environnement en construisant une digue, un port ou même un parc éolien en mer. Imaginez que le même sort soit réservé à Teahupoo (Tahiti), à Nazaré (Portugal) à Jaws (Hawaii) ou à toutes les autres vagues mythiques que compte cette Terre. Vénérées par tous les amateurs de glisse, ces ondulations de l’océan méritent sans doute d’être protégées pour ne pas être effacées. Souvent considérée comme une source infinie d’énergie, la houle est aussi la source de plaisir de dizaines de milliers de surfeurs, bodyboardeurs et skimboardeurs que compte la France. À l’occasion des championnats de France de surf qui s’ouvrent à Biarritz du 28 octobre au 5 novembre, 20 Minutes s’est intéressée aux « réserves de vagues », dont la première historique a été ouverte à Quiberon (Morbihan) cette année.
La Bretagne n’a pas été retenue pour accueillir les épreuves de surf des Jeux olympiques de Paris 2024, qui se dérouleront à Tahiti. Mais la péninsule a su se démarquer en hébergeant la première « réserve de vagues ». Votée au conseil municipal de Saint-Pierre-Quiberon début 2022, cette décision doit beaucoup à l’engagement d’Erwan Simon. « En Bretagne, les gens aiment leur littoral. Ils sont habitués à s’y promener, à aller voir les vagues même s’ils n’ont jamais surfé. Le sujet a rapidement fait parler ». Ce surfeur du Morbihan a créé l’association France Hydrodiversité avec deux amis pour porter son combat et a réussi à convaincre la municipalité du Morbihan de s’engager à ne pas modifier l’environnement qui pourrait affecter les vagues. « Le concept d’hydrodiversité n’existait pas vraiment. Il est pourtant fondamental. Une vague, ce n’est pas seulement un espace de jeu pour les surfeurs. C’est un espace de biodiversité, un environnement bien particulier qu’il est important de protéger ». Le surfeur breton fait le parallèle avec la montagne et les sports d’hiver. « Si on enlève la neige, on n’a plus de ski. Mais on perd surtout toute une faune et une flore ».
Entamé à Quiberon, le combat d’Erwan Simon ne va pas s’arrêter à la seule côte sauvage. L’écho médiatique de son initiative l’a même propulsé au rang de référent de la question, incitant d’autres associations à s’y pencher. Rémi Moreau avait porté la candidature du Pays basque pour créer une réserve de surf avec la bénédiction de l’ONG Save the waves. Recalé, le dossier du bénévole de Surfrider Foundation n’est pas pour autant enterré. « Le surf est un vecteur de rassemblement, il nous permet de toucher les gens et de les sensibiliser à la question de l’environnement marin. En protégeant une vague, on ne s’intéresse pas simplement à sa structure physique, on veut aussi préserver son écosystème, la qualité de l’eau », explique celui qui surfe depuis cinq ans environ.
Une d’extraction de sable « aurait pu tout changer »
Si la planche de résine attire de nouveaux adeptes depuis quelques années, elle a aussi de vieux fidèles qui ont vu certains mythes mourir. A Anglet, celle que l’on appelait La Barre, a disparu il y a une soixantaine d’années quand une digue a été érigée. En Espagne, la Mundaka avait également perdu tout son charme et sa puissance quand la baie avait été draguée pour faciliter le passage de cargos il y a une quinzaine d’années.
« La réserve de vagues, ce n’est pas un outil magique. Mais ça doit nous permettre d’échanger en amont avec les collectivités, de discuter de l’impact », explique Rémi Moreau. Au Pays basque, il est pour l’heure difficile de convaincre les municipalités de s’engager, notamment parce que la côte est plus urbanisée que la sauvage presqu’île de Quiberon. Même classé en zone Natura 2000, le territoire a déjà été menacé. « Il y a quelques années, un projet d’extraction de sable avait été évoqué dans le secteur. C’est typiquement ce genre d’activité qui peut tout changer », raconte Erwan Simon.
Le surfeur breton a récemment été contacté par le porteur d’un projet éolien flottant envisagé entre Belle-Ile et Groix. « On va sûrement nous dire que ça ne va rien changer. Mais on doit en discuter, l’évaluer ». Erwan Simon rêve que la France emboîte le pas au Pérou, qui a inscrit la protection des vagues dans sa loi, ou à la Polynésie, qui les vénère. « En Europe, on a parfois tendance à voir les vagues comme des ennemies des pêcheurs, des marins, des nageurs. On a construit des digues pour s’en protéger, sans penser au rôle qu’elles avaient ». Une première réserve a été créée. Il y a fort à parier que ce ne soit pas la dernière. Comme dans l’océan, la politique fonctionne souvent par série.
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