Ariège : En toute illégalité, des bûcherons abattent des pans de forêts chez des particuliers
MASSACRE•Plusieurs propriétaires ariégeois ont découvert leurs bois coupés, sans avoir donné d’autorisation à la moindre entreprise. Douze plaintes ont été déposées
Béatrice Colin
L'essentiel
- À plusieurs reprises ces derniers mois, des bûcherons ont coupé des bois appartenant à des propriétaires en Ariège sans leur autorisation.
- Une pratique illégale dénoncée par plusieurs d’entre eux qui ont décidé de porter plainte, au même titre que l’une des communes concernées.
- Une entreprise espagnole serait à l’origine de ces méfaits, le procureur de la République de Foix indique de son côté prendre l’affaire très au sérieux.
«Ils ont saccagé un hectare de forêt, 300 sapins plantés il y a 48 ans. C’était un petit paradis avec une âme ou j’ai énormément de souvenirs ». Christophe Ségato est encore sous le choc de ce qui est arrivé à son petit coin de paradis, à Perles-et-Castelet, une petite commune des Pyrénées ariégeoises, située sur la route de l’Andorre. Il y a quinze jours, la mairie l’a appelé pour lui indiquer que des bûcherons avaient saccagé la forêt qui entoure sa maison de famille, une ancienne bergerie achetée par ses parents en 1989. Et étaient repartis avec le bois coupé en toute illégalité.
Un endroit précieux pour tout le travail accompli durant ces années, pour entretenir les sapins hauts de plus de 30 mètres où cerfs et oiseaux venaient trouver refuge. « Un véritable désastre écologique, on a même retrouvé sur place des flexibles hydrauliques cassés et des traces de pollution d’huile », peste encore cet habitant de la Haute-Garonne. Et il n’est pas la seule victime de ces bûcherons qui entrent sur les propriétés privées et prélèvent les plus beaux arbres avant de repartir en laissant le terrain dans un piteux état.
Douze plaintes déposées
Au total, douze plaintes ont été déposées, dont une par la mairie de la commune. « Apparemment, ils commettraient ce genre de méfaits depuis cinq ans en Ariège et dans l’Aude. Ils sont allés chez d’autres habitants et ont commencé à couper. Mais les propriétaires se trouvaient là et sont intervenus. Ils sont revenus rechercher le bois coupé durant la nuit. Ce sont des méthodes de voyous », ne décolère pas Christophe Ségato qui a décidé de s’allier aux autres habitants lésés et de monter une association.
Ces bûcherons seraient employés d’une entreprise espagnole, qui aurait par ailleurs des contrats légaux dans le secteur. Certains d’entre eux auraient expliqué à certains propriétaires lésés qu’il s’agirait d’une erreur et ils auraient proposé un dédommagement. « Le préjudice est considérable, pour nous la valeur du bois n’est pas pécuniaire, c’est avant tout une perte affective. On ne veut pas qu’il y ait d’autres victimes, ces gens en plus font du mal à la filière », poursuit le propriétaire qui espère qu’il y aura des poursuites judiciaires.
Selon le procureur de la République de Foix, Laurent Dumaine, la communauté de brigades d'Ax les Thermes a été immédiatement saisie d’une enquête pour «vols avec dégradations et en réunion» pour des faits commis entre le 8 janvier et le 28 février 2021,.
Selon les premières constatations des gendarmes de nombreux dégâts ont été générés en plus des 300 à 400 arbres coupés. Et toutes les victimes entendues ont expliqué que les coupes de bois avaient été opérées sans leur autorisation et sans même qu’elles n’en soient informées.
Le parquet de Foix mobilisé
«Le travail d’identification des propriétaires victimes de ces faits et de recueil des plaintes se poursuit, indique le parquet de Foix. Dans le cadre de cette enquête, des rapprochements sont en cours avec d’autres faits survenus en d’autres points du département ou dans des départements voisins. Par ailleurs, les investigations s’orientent en direction d’une société dont les véhicules sérigraphies ont été aperçus a proximité du lieu des faits et dans un temps voisin de leur commission».
La lutte contres les infractions environnementales étant l'une de ses priorités, le procureur a indiqué que des moyens importants et susceptible d’être renforcés allaient être déployés, notamment par la co-saisine d’un service d’enquête spécialisé. « Ces faits sont inadmissibles en ce qu’ils portent atteinte tant à la propriété de ceux qui en sont victimes qu’au bien commun que représente une forêt veille de trente ans pour chacun de ceux qui ont plaisir à s’y promener. Outre la flore, la faune sera aussi nécessairement impactée par ces faits. Je dirige moi-même cette enquête et lorsqu’elle aura permis d’en identifier les auteurs, sur le plan judiciaire, j’y apporterai une réponse aussi ferme que ce que la loi permet» a réagi Laurent Dumaine.