Encore trop méconnus, les loups placés sous surveillance dans le Mercantour

Côte d’Azur : Les loups placés sous étroite surveillance dans le Mercantour

ETUDEPendant plusieurs années, un maillage de 43 pièges photographiques va tenter de percer les secret de plusieurs meutes
Fabien Binacchi

Fabien Binacchi

L'essentiel

  • Le loup, de retour dans le Mercantour depuis 1993, cristallise les tensions avec les éleveurs.
  • Pour mieux connaître cet animal discret, et arriver à mieux protéger les troupeaux, le parc national du Mercantour s’est lancé dans un programme d’observation inédit avec le CNRS.

Jusqu’à présent, ils ne pouvaient se référer qu’aux traces laissées dans la neige. « Et, forcément, cette méthode ne fonctionne pas toute l’année. Alors, avec le CNRS, nous avons décidé d’essayer autre chose », explique Laurent Scheyer, le directeur par intérim du parc national du Mercantour. Pendant plusieurs années, 43 pièges photographiques installés dans cette zone de 685 km2 vont tenter de percer les secrets des loups. Et, pour les responsables, c’est une première à cette échelle-là.

Il y a quelques années, un autre projet avait donné lieu à « une petite publication » sur ces animaux farouches et très discrets. « On avait tenté de capturer des loups, des mouflons et d’autres proies pour les équiper des colliers GPS et les suivre, mais c’est très compliqué à mettre en place », explique le responsable. Ce nouveau dispositif est « plus simple et moins coûteux ».

« Mieux protéger les troupeaux »

Concrètement, « l’idée, c’est de tenter de mieux connaître l’occupation d’un espace par une meute », avance Laurent Scheyer. « Et la finalité, c’est surtout de nous permettre de mieux protéger les troupeaux », dit-il. Depuis son retour dans le Mercantour en 1993, Canis Lupus cristallise les tensions avec les éleveurs dont les bêtes sont victimes d’attaques. L’Etat permet d’ailleurs chaque un certain nombre de « prélèvements » de loups.

Les informations dont dispose actuellement le parc sur leur implantation sont parcellaires. « On pense qu’il y aurait six ou sept meutes, mais on ne sait pas exactement combien d’individus les composent, explique le directeur par intérim. Il y aurait au moins un couple et jusqu’à 12 animaux par groupe. Et, a priori, chaque meute occupe des espaces de 200 à 300 km2 qui se superposent le moins possible. Tous ces détails là, aujourd'hui encore, on ne fait que les supposer. »

Dans un logiciel d’intelligence artificielle

Installés au début du printemps sur le tronc des arbres, et sur des carrés de 2,5 km de côté pour quadriller au mieux l’ensemble du parc, les pièges vont rester… près de trois ans. Mais déjà, bingo ! Entre fin avril et début mai, un premier transfert des cartes mémoires, que les gardes du parc relèvent manuellement, a montré « du loup ».

Equipés de détecteurs de mouvement, ces petits appareils autonomes sont capables d’enregistrer des séquences de 30 secondes. « Elles seront toutes envoyées à l’université de la Côte d’Azur pour un traitement informatique complet. Un logiciel d’intelligence artificielle du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) va tout analyser et notamment faire le tri avec les autres espèces qui auraient pu déclencher les pièges, précise encore Laurent Scheyer. » Il en sortira des données statistiques primordiales pour que puissent cohabiter peut-être un peu mieux les Hommes et les loups.