Rapport du Giec: Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait pour lutter contre le réchauffement climatique?
AVENIR•Les solutions sont sur la table…
Nicolas Raffin
L'essentiel
- Le rapport du Giec est publié ce lundi.
- Il prône une limitation stricte des émissions de gaz à effet de serre.
- Les ONG rappellent que le choix appartient désormais aux décideurs politiques.
Il est très attendu ce lundi, et il sera sûrement commenté partout dans le monde. Non, il ne s’agit pas du remaniement ministériel, mais bien du rapport du Giec (Groupe des experts du climat). Sa principale conclusion est déjà largement connue : pour éviter des impacts majeurs sur l’humanité, le réchauffement climatique devrait être contenu à +1,5 °C au maximum.
Pour l’instant, on en est encore très loin. « Au rythme actuel, le seuil des +2°C sera dépassé vers 2075, rappelait la semaine dernière Pierre Cannet, responsable du programme climat et villes durables WWF France. Le cinquième rapport d’évaluation du Giec [publié en 2014] avait été très clair sur le fait que ce +2°C était un point de non-retour climatique. »
Le nouveau rapport de cette année doit donc inciter les gouvernements à agir, d’autant plus qu’ils en ont approuvé le contenu ce samedi, lors d’une réunion à huis clos en Corée du Sud. « Maintenant qu’il est adopté, [les Etats] doivent se l’approprier » a jugé Jennifer Morgan, la directrice de de Greenpeace International. « Aujourd’hui, nous regardons la maison brûler, appuie Maxime Combes, porte-parole de l’association Attac. Plus personne ne peut dire qu’il manque des données. »
Mettre le paquet sur la rénovation thermique
En France, les associations regroupées dans le Réseau action climat attendent désormais des gestes significatifs du gouvernement. « Le premier moyen d’action pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, c’est la rénovation énergétique, explique Célia Gautier, chargée de projet climat-énergie à la Fondation pour la nature et l’homme (FNH). Il faudrait rénover 700.000 logements par an, on en est encore très loin ».
Le plan du gouvernement prévoit pour l’instant de rénover 500.000 logements chaque année. Mais les moyens seront-ils suffisants ? Au moment de sa démission fracassante du ministère de la Transition écologique, le 28 août dernier, Nicolas Hulot était plutôt pessimiste : « On dit qu’on veut rénover 500.000 logements […] On a baissé de moitié les moyens pour rénover ces bâtiments (…) Je sais très bien, en actant ce plan que l’on ne pourra pas réaliser les objectifs. »
Pour Célia Gautier, « il faudrait rediriger les recettes de la taxe carbone – environ 2,8 milliards d’euros par an – vers la rénovation des logements. Pour l’instant, cette somme est répartie dans tout le budget de l’État. Les députés vont bientôt examiner le projet de loi de finances pour 2019, ils peuvent intégrer cette disposition ».
Diviser par deux la consommation de viande
D’autres décisions difficiles sont aussi réclamées par les ONG : la division par deux de la consommation de viande, la fin des projets autoroutiers ou encore le développement massif des énergies renouvelables. En résumé, « cette crise appelle une transformation profonde des modes de consommation, de production et des modèles économiques » affirme Célia Gautier.
Un changement bénéfique : emplois, santé...
« Soit nous continuons comme aujourd’hui, et devrons répondre de notre inaction devant les prochaines générations (….) soit nous engageons dès maintenant un changement massif et immédiat, affirmait samedi le militant écologiste Txetx Etcheverry, interrogé par Reporterre. Ce changement peut nous apporter des bénéfices énormes en matière d’emplois, de santé, de qualité de vie. »
En septembre, un rapport de la Commission mondiale sur l’énergie et le climat avait en effet montré que la transition écologique pourrait s’avérer bénéfique. Selon les experts, les bénéfices d’un changement de modèle pourraient représenter 26.000 milliards de dollars de gains économiques supplémentaires d’ici à 2030, et générer 65 millions d’emplois en plus par rapport à la tendance actuelle.
En attendant la COP 24
La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques. « Les discours sont insuffisants (…) Il appartient aux gouvernements et aux Parlements de mettre en place les conditions – législatives, réglementaires, institutionnelles, budgétaires et fiscales – d’une transition vers une société sans carbone (…) qui repose pour beaucoup sur des solutions déjà disponibles » rappelaient 700 scientifiques dans une tribune collective parue en septembre dans Libération.
A cet égard, il faudra scruter la prochaine grande conférence internationale sur le climat, la COP 24, qui se tiendra en Pologne en décembre prochain. Trois ans après la COP 21 de Paris, c’est peut-être l’une des dernières occasions d’infléchir les politiques environnementales des Etats.