Un risque de feux de forêt décuplé en Ile-de-France ? « Un virage par rapport à ce qu’on a pu connaître jusqu’ici ? »
sécheresse•Ce mardi, certaines forêts d’Ile-de-France sont en vigilance orange incendie… Un « phénomène qui s’accentue », assure le directeur de l’agence Île-de-France Ouest de l’Office national des forêtsMathilde Desgranges
L'essentiel
- Il y a dix jours, Météo-France a lancé un nouvel outil : la Météo des forêts, destinée à développer la culture du risque incendie chez les Français.
- Cet outil prévoit, ce mardi, un risque modéré de feux de forêts en Ile-de-France. Localement, à Paris et dans les Hauts-de-Seine, certaines zones sont même placées en vigilance orange.
- Face aux risques croissants, l’Office national des forêts prend des mesures pour « faire en sorte que les hommes n’apportent pas plus de risques ».
La Météo des forêts, un tout nouvel outil lancé par Météo-France il y a dix jours, fait déjà état de premières alertes en Ile-de-France. Si l’aplat vert de sa carte n’était maculé que d’une petite tache jaune lundi, il vire complètement au jaune ce mardi. Le risque de feu de forêt passe de « faible » à « modéré », indique le code couleur. De manière localisée, à Paris et dans les Hauts-de-Seine, il passe même en vigilance orange, indiquant un risque élevé, conséquence d’un record inédit depuis 74 ans à Paris : vingt et un jours consécutifs sans pluie, avant les orages du week-end dernier qui ne changent pas grand-chose à l’affaire. Le bois de Boulogne, de Vincennes ou la forêt de Meudon sont directement concernés.
« Le risque est bien là, prévient Michel Béal, directeur de l’agence Île-de-France Ouest de l’Office national des forêts (ONF). Même s’il a plu, il ne s’agit que d’averses localisées. Et la chaleur revient dès ce mardi. » Ce dernier estime même que cette année est particulièrement propice aux départs de feux, en raison du manque d’eau cet hiver et des longues périodes sans pluies. Fin mai, 80 pompiers ont ainsi dû intervenir dans la forêt de Fontainebleau pour éteindre un premier incendie d’importance qui s’étendait sur 3 hectares. « Il est encore tôt pour parler des mois de juillet - août mais on pense que l’été 2023 sera encore plus à risque que l’été dernier », poursuit-il.
Des mesures préventives dans les zones à risques
Face aux risques croissants, l’ONF se voit contrainte de prendre des mesures pour « faire en sorte que les hommes n’apportent pas plus de risques ». Michel Béal rappelle qu’en région parisienne comme ailleurs, 90 % des départs de feux ne sont pas spontanés, « que ce soit par malveillance ou par accident, c’est le plus souvent de cause humaine », précise-t-il. Les forêts sont déjà très sèches alors, dès que l’alerte vigilance orange est déclenchée, les travaux sont interdits dans les zones à risques à partir de 13 heures. Tous regroupements ou manifestations peuvent également être limités ou interdits. De même que la circulation sur route goudronnée.
L’ONF seule ne peut pas interdire l’accès aux piétons et aux cyclistes. Mais si la situation s’avérait nécessaire, un arrêté prononcé par le préfet pourrait prendre cette disposition. D’autant que « les forêts sont plus fréquentées depuis la crise sanitaire », ajoute le directeur de l’agence Île-de-France Ouest, qui évoque une hausse de 15 % de la fréquentation. Des forestiers de l’ONF procèdent bien à des rondes dans les zones à risques. Mais la meilleure façon de prévenir les risques reste de faire de la prévention. « Et la Météo des forêts est très bien pour cela », estime ce dernier.
« Il va falloir adopter de nouvelles habitudes »
Car la Météo des forêts a bien été mise en place pour sensibiliser à « un phénomène qui s’accentue et auquel tout le monde va devoir s’accommoder », selon ce responsable de l’ONF. Les professionnels de la gestion des forêts, quant à eux, ont accès depuis l’été dernier à d’autres indicateurs de Météo-France. Il s’agit de cartes très similaires, mais plus précises, qui permettent d’observer les situations intradépartementales.
Un outil qui va probablement devenir indispensable. « Le réchauffement climatique n’est plus à nos portes mais près de nous. On est sans doute dans un virage par rapport à ce qu’on a pu connaître auparavant et il va falloir adopter de nouvelles habitudes pour ne pas aggraver des situations déjà difficiles », poursuit-il.
Pas question néanmoins de voir des « mégafeux », tels que ceux qui ont décimé des centaines d’hectares d’arbres dans le Sud-Ouest l’été dernier, se déclencher en Ile-de-France. La forêt représente 25 % du territoire de la région, mais les Franciliens ont la chance d’être entourés en majorité par des arbres feuillus. Moins inflammables que les résineux, tels que les sapins et autres arbres qu’on trouve par exemple dans le sud de la France. Sans compter le passage régulier de sportifs ou promeneurs qui permettent en général de déclencher l’alerte assez tôt en cas de départ de feu dans les forêts franciliennes.
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