Bientôt un bonus financier pour les collèges de Paris selon leur mixité?

Paris: Bientôt un bonus financier pour les collèges en fonction de leur mixité sociale?

EDUCATIONLe groupe Parti communiste-Front de gauche du Conseil de Paris veut encourager les collèges parisiens à accueillir davantage d’élèves issus de milieux défavorisés
Juliette Desmonceaux

Juliette Desmonceaux

L'essentiel

  • Les élus au Conseil de Paris se réunissent à partir d’aujourd’hui et pour trois jours pour voter les propositions des différents groupes sur la municipalité.
  • Le groupe Parti communiste-Front de gauche propose la mise en place d’un système bonus-malus dans les collèges parisiens. Le principe ? Fournir un montant de dotation différent en fonction de la mixité sociale dans chaque établissement.
  • L’académie de Paris est la plus inégalitaire de France. Le but de cette proposition est donc d’encourager certains établissements à accueillir plus d’élèves de milieux défavorisés.
  • La proposition est soutenue par le groupe écologiste, La France Insoumise et les Radicaux.

Paris championne des inégalités ? C’est vrai pour l'accès à la propriété, mais aussi dans les établissements scolaires. Si la capitale concentre très riches et très pauvres, les petits Parisiens ne se croisent pas souvent sur les bancs de l' école. La ségrégation sociale dans les collèges de l’Académie est la plus forte de France, selon une enquête de l' Education nationale. En cause notamment, de nombreux parents qui contournent la carte scolaire en inscrivant leurs enfants dans le privé. Un choix « dévastateur pour la cohésion nationale » a dénoncé Nicolas Bonnet-Oulaldj, président du groupe Parti communiste - Front de gauche (PC-FdG) au Conseil de Paris.

Pour y remédier, le groupe propose à l’occasion du Conseil de Paris qui débute ce mardi la mise en place d’un bonus-malus dans les collèges de la capitale. Plus précisément, les élus souhaitent que le budget fourni à chaque établissement varie en fonction de son niveau de mixité sociale. La proposition est soutenue par les écologistes, La France Insoumise et les Radicaux.

Une rupture entre établissements publics et privés

Des collèges de riches d’un côté et des collèges de pauvres de l’autre. C’est à grands traits ce qui ressort du rapport de l’Observatoire parisien de la mixité sociale et de la réussite éducative (OPMIRE) paru en mai. Une différence particulièrement marquée entre public et privé. Par exemple, le collège privé Saint-Louis-de-Gonzague dans le XVIe arrondissement ne compte aucun enfant d’ouvrier ou de chômeur, tandis que le collège Jean-Perrin en compte 60 %. « Et pourtant, ils perçoivent la même dotation ! », s’indigne Nicolas Bonnet-Oulaldj.

Pour tenter de renverser la tendance, l’élu propose un « forfait éducatif » modulable à plusieurs échelons dans les collèges. Les établissements comptant au moins 40 % d’élèves issus de milieux défavorisés bénéficieraient d’une dotation dix fois plus élevée que les collèges qui en compteraient 5 %. Les montants de ces bonus et malus ne sont pas encore fixés par le groupe PC-FdG, mais tous les établissements bénéficieraient de « dépenses incompressibles » pour assurer le fonctionnement de base de chaque collège, comme l’achat de certaines fournitures scolaires, selon leur proposition de délibération.

Plus de mixité sociale pour un meilleur apprentissage

Pour le groupe d’extrême gauche, défendre la mixité sociale doit permettre d’éviter les stratégies d'évitement scolaire mis en place par certains parents. Un choix dénoncé par le groupe écologiste qui se dit favorable à cette proposition. « De plus en plus de familles aux revenus moyens préfèrent mettre leurs enfants dans le privé pensant qu’ils auront plus de chances pour leur avenir », souligne Fatoumata Koné, vice-présidente du groupe dans le XIXe arrondissement. « Ca pose la question de la fraternité », abonde l’élu communiste.

Dans sa proposition de délibération, le groupe PC-FdG rappelle que « la concentration des difficultés scolaires et sociales dans un même établissement pénalise fortement la réussite et l’insertion des élèves défavorisés ». Nicolas Bonnet-Oulaldj va plus loin, rappelant l’intérêt pour les enfants de côtoyer des camarades issus de tous les milieux sociaux. « Les classes avec de la mixité sociale sont tirées vers le haut », affirme-t-il. Un argument repris du côté des élus verts. David Belliard, président du groupe du XIe arrondissement ​met en avant l’aspect « très positif de la mixité sociale pour l’apprentissage des enfants ».

La France Insoumise veut une proposition « contrainte »

De pair avec la proposition communiste, La France Insoumise (LFI) a déposé un vœu similaire à l’ordre du jour. A quelques différences près : la proposition serait cette fois « contrainte », selon Danielle Simonnet, présidente du groupe. « Si le privé n’accepte pas de mixité, pas de sous », assure-t-elle. Le groupe a annoncé qu’il votera en faveur de la proposition communiste, tout comme les Radicaux. « Ce sujet fait partie de notre ADN », justifie brièvement Laurence Goldgrab, présidente du groupe de gauche.

Au centre, le groupe UDI-Modem est plus mesuré. « Il y a un vrai problème. Il y a une ségrégation socioculturelle qu’il faut casser », reconnaît d’abord Eric Azière son président. « Mais je ne suis pas sûr qu’une approche qui stigmatise les établissements scolaires soit la meilleure formule », nuance-t-il ensuite. Le président du groupe centriste n’a pas donné de consigne de vote à ses conseillers.

Le Conseil de Paris débute ce mardi pour trois jours. Si la proposition des élus communistes est votée, elle devrait entrer progressivement en vigueur à partir de 2021.