Montpellier: Du théâtre pour aider les médecins à annoncer de mauvaises nouvelles
SANTE•Quatre ans après le lancement de ces formations innovantes à l’université, « 20 Minutes » fait un premier bilan…Nicolas Bonzom
«Vous êtes atteint d’un cancer. » Voilà bientôt quatre ans que la faculté de médecine de Montpellier, la plus ancienne d’Europe en activité, prépare les futurs praticiens à l’annonce de mauvaises nouvelles. Des formations théâtrales, encore aujourd’hui inédites en France, qui sont désormais obligatoires pour les étudiants de 4e année.
A l’occasion du démarrage des ateliers annuels, qui concernent 240 élèves à Montpellier et à Nîmes, 20 Minutes fait le bilan de cette initiative originale… mais « essentielle ». « En matière de relation humaine et de communication, il existe un réel déficit de formation des médecins », déplore Marc Ychou, cancérologue et directeur de l’Institut du cancer de Montpellier (ICM), à l’origine de ce projet innovant, qui fait l’objet d’un livre, Le nouveau serment d’Hippocrate, paru chez Le Manuscrit Savoirs.
« On va s’occuper de vous jusqu’au bout »
Pour Serge Ouaknine, le comédien et metteur en scène qui mène ces ateliers, lorsqu’un médecin annonce une maladie grave à un patient, tout compte. « J’ai remarqué que les médecins parlaient vite, qu’ils utilisaient parfois des mots trop savants, ou des phrases malheureuses comme “On va s’occuper de vous jusqu’au bout”… La distance entre le médecin et le patient, le fait de prendre la main… Tout cela, c’est important. »
« Le regard, la parole, l’explication ont déjà des vertus thérapeutiques, assure le professeur Henri Pujol, président de la Ligue contre le cancer dans l’Hérault. Et parfois, il y a plus important que ce qu’il faut dire : c’est ce qu’il ne faut pas dire. »
« J’y étais vraiment »
Au cours des ateliers, les futurs médecins sont poussés dans leurs retranchements par des comédiens de l’École nationale supérieure d’art dramatique de Montpellier. Des formations qui ont, depuis bientôt quatre ans, bouleversé le quotidien des jeunes médecins. « J’étais assez sceptique, puis je me suis rendu compte que c’était vraiment important, pour choisir les bons mots, avec les bonnes intonations, choisir les bons gestes », confie Jean-Baptiste Giral, étudiant à la faculté de médecine de Montpellier.
« On a l’impression d’être dans une véritable consultation, reprend Guillaume Carles, lui aussi étudiant. On oublie complètement le public autour, j’y étais vraiment… »
Le succès de ces ateliers, qui sera bientôt étendu aux infirmières, est tel, que l’université de Montpellier veut aller plus loin dans l’apprentissage des relations entre médecin et malade : des patients vont être formés pour « co-enseigner » auprès des étudiants, pour transmettre leur expertise. L’idée sera lancée à la rentrée prochaine.