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Que s’est-il passé dans la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem ?

Conflit israélo-palestinien : Ce que l’on sait des heurts qui se sont produits à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem

FAKE OFFUne photo montrant de jeunes gens au sol dans le troisième lieu saint de l’islam circule beaucoup sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Mais l’image est publiée sans que les faits qui se sont produits soient datés ni remis dans leur contexte
20 Minutes Fake off

20 Minutes Fake off

L'essentiel

  • Sur les réseaux sociaux, une photo montrant de jeunes gens au sol et mains liées dans la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem, est massivement relayée.
  • L’image virale n’est pas datée et n’est pas remise dans le contexte actuel de heurts entre police israélienne et manifestants palestiniens.
  • Le 15 avril, les forces de sécurité sont bien entrées dans le troisième lieu saint de l’islam.

Depuis plus d’une semaine, de très nombreuses publications sur les réseaux sociaux relaient, jour après jour, la même photo montrant de jeunes gens, mains liées, au sol sur des tapis, dans la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem. A l’arrière-plan à gauche, on distingue deux personnes en uniforme, debout. Les différents textes accompagnant cette image déplorent le traitement infligé par la police israélienne dans le troisième lieu saint de l’islam. « Des dizaines de fidèles palestiniens arrêtés, ligotés et humiliés au sein même de leur mosquée, en pleine pratique de leur foi et dans les dix derniers jours du mois du ramadan », explique l’une des publications sur Facebook.

Un exemple de publication Facebook relayant la photo prise à l'intérieur de la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem, le 15 avril.
Un exemple de publication Facebook relayant la photo prise à l'intérieur de la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem, le 15 avril. - Capture d'écran

La plupart des publications n’indiquent pas la date de prise de vue de la photographie ni son auteur. Elles peuvent laisser penser que les faits se déroulent à la date de publication. L’un de ces posts mentionne « Source : la mosquée ». Que s’est-il donc passé – et quand – dans la mosquée Al-Aqsa ?

FAKE OFF

Le 15 avril, à 4 heures du matin, « des dizaines de jeunes émeutiers masqués », certains s’affichant avec des drapeaux du mouvement islamiste armé Hamas, ont défilé sur l’esplanade des Mosquées, a indiqué la police israélienne. Ils ont lancé des pierres en direction du mur des lamentations adjacent, plus important lieu de prière de la tradition juive, ont précisé les forces de l’ordre, disant être intervenues pour « déloger » des manifestants et « rétablir l’ordre ».

De son côté, Omar Al-Kiswani, directeur de la mosquée Al-Aqsa, située sur l’esplanade, a affirmé à l’AFP que la police israélienne était intervenue à l’intérieur même de ce lieu culte, tôt le 15 avril. La mosquée Al-Aqsa est une « ligne rouge à ne pas franchir », a-t-il alors déclaré. Le lendemain, le Maroc, pays ayant normalisé ses relations avec Israël, a dénoncé « l’agression flagrante » des « forces d’occupation israéliennes » sur l’esplanade des Mosquées.

Colliers de serrage

Selon un bilan du Croissant-Rouge palestinien, au moins 57 Palestiniens ont été blessés, dont deux grièvement, ce jour-là lors d’affrontements avec des policiers israéliens sur l’esplanade des Mosquées, les premiers alors sur ce lieu depuis le début du ramadan, le 1er avril. La photo virale, dont l’auteur n’a pas été identifié, a très probablement été prise le 15 avril lors de ces événements, rares dans un lieu saint. Par ailleurs, les motifs des tapis correspondent bien à ceux que l’on retrouve sur d’autres photos disponibles de l’intérieur de la mosquée. En revanche, le 15 avril correspond au deuxième vendredi du ramadan, soit à la moitié du mois saint. L’affirmation selon laquelle les faits ont eu lieu lors des dix derniers jours du mois du ramadan est donc incorrecte.

Une vidéo publiée le 15 avril sur Twitter et relayée par le quotidien israélien Haaretz permet de confirmer que les forces de sécurité israéliennes ont bien fait mettre au sol des manifestants et utilisé des colliers de serrage blancs. Par ailleurs, la forme de l’écusson, visible sur l’uniforme d’une des deux personnes debout, sur la photo virale, ne laisse pas de doute quant au fait qu’il s’agit bien de membres de forces de sécurité israéliennes.

Des violences depuis le 22 mars

« Voilà à quoi ressemble la vie des Palestiniens qui prient pacifiquement lors du mois sacré de ramadan », s’insurge l’un des nombreux internautes relayant la photo virale sur Twitter. L’hypothèse selon laquelle les jeunes gens au sol priaient « auparavant pacifiquement » est peu probable. Tout d’abord, les heurts se sont récemment multipliés entre policiers israéliens et Palestiniens à Jérusalem-Est, partie palestinienne occupée et annexée par Israël, et l’esplanade des Mosquées est située dans la vieille ville à Jérusalem-Est. Depuis le 22 mars, 14 personnes ont été tuées dans des attaques anti-israéliennes. Au total, 26 Palestiniens, dont des assaillants, ont été tués dans différents incidents ou des opérations, selon un comptage de l’AFP.

Par ailleurs, sur la photo virale, on peut voir que les jeunes gens au sol portent des chaussures, ce qui contredit l’idée qu’ils priaient dans la mosquée, puisqu’il s’agit d’un lieu saint dans lequel il est de coutume de retirer ses souliers avant de rentrer.

Notre dossier sur Jérusalem

A la suite de ces violences, « le chargé d’affaires israélien en Jordanie a été convoqué au siège du ministère des Affaires étrangères », où il a reçu « un message de protestation contre toutes les violations israéliennes illégales et provocatrices à la mosquée sainte d’Al-Aqsa », a déclaré le ministère jordanien des Affaires étrangères dans un communiqué. Le gouvernement jordanien a également souligné « la nécessité de respecter le droit des fidèles à pratiquer leur religion librement et sans restrictions », est-il ajouté. La Jordanie, liée à Israël par un traité de paix depuis 1994, administre l’esplanade des Mosquées, où est située la mosquée Al-Aqsa, mais l’accès à ce lieu est contrôlé par Israël.

Vendredi encore, plus d’une cinquantaine de Palestiniens ont été blessés dans des heurts sur place avec la police israélienne, qui a indiqué être intervenue après que des jeunes « émeutiers » ont lancé des pierres depuis l’esplanade vers le mur des lamentations. « La police est intervenue, car il y avait des centaines d’émeutiers dépêchés par le Hamas et le Jihad islamique, a déclaré dimanche Yaïr Lapid, le chef de la diplomatie israélienne. Je crois [que ce déploiement] était justifié, car il a permis d’éviter un désastre. » En 2021, lors du ramadan, des manifestations nocturnes à Jérusalem et des heurts jusque sur l’esplanade se sont mués en onze jours de guerre entre le mouvement islamiste palestinien Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, et Israël.