En visite sur l’île de Lesbos, le pape dénonce « naufrage de civilisation »

Crise des migrants : En visite sur l’île de Lesbos, le pape François dénonce un « naufrage de civilisation »

GRECEA l’occasion de son deuxième jour en Grèce, le souverain pontife s’est rendu au camp de Mavrovouni
20 Minutes avec AFP

20 Minutes avec AFP

«Arrêtons ce naufrage de civilisation ! ». C’est l’appel, lancé ce dimanche 5 décembre, par le pape François à son arrivée dans le camp de migrants de l’île grecque de Lesbos. Accueilli par de nombreuses familles et enfants exilés, lui souhaitant la « bienvenue », le souverain pontife a plaidé en faveur d’une meilleure intégration des migrants dans une Europe qui, selon lui, peine à montrer sa solidarité.

Le deuxième jour de son déplacement en Grèce est marqué par une visite éclair du camp de Mavrovouni, qui abrite encore près de 2.200 demandeurs d’asile, dans des conditions ardues. Lors d’un vibrant discours il a déclaré que la Méditerranée « est en train de devenir un cimetière froid sans pierres tombales ».

« Welcome ! »

Dans une ambiance très chaleureuse, le Saint-Père a longuement salué et béni les familles présentes, parmi lesquelles de nombreux enfants. « Welcome ! », « We love you », pouvait-on entendre. Près de 900 policiers ont été déployés sur l’île grecque. Des banderoles ici ou là avaient fleuri dans la ville de Mytilène et aux abords du camp pour souhaiter la « bienvenue au pape François » ou dénoncer les refoulements présumés de migrants vers la Turquie.

Une quarantaine de demandeurs d’asile, en majorité catholiques originaires du Cameroun et de République démocratique du Congo (RDC), doivent assister à l’Angelus et au discours que prononcera le pape sous une tente, en présence de plusieurs responsables religieux et de la présidente grecque Katerina Sakellaropoulou, du vice-président de la Commission européenne Margaritis Schinas et du ministre grec des Migrations Notis Mitarachi.

« Nous sommes des humains, pas des prisonniers »

Christian Tango, un Congolais de 31 ans, doit s’adresser au pape. Il « espère que le pape portera la voix » des migrants « dans le monde entier et en particulier auprès des pays européens qui doivent accueillir avec plus d’humanité les réfugiés », a-t-il dit à l’AFP samedi. « C’est une bénédiction cette venue. Le pape est notre chef spirituel », a déclaré dimanche à l’AFP la Congolaise Rosette Leo, en attendant l’arrivée du souverain pontife.

Son compatriote Orphée Madouda, qui va assister à la prière, se réjouit : « C’est la première fois que je vais rencontrer le pape, je ne pense pas que j’aurais l’occasion de le revoir dans ma vie ». « Nous sommes des humains, nous les réfugiés », s’insurge-t-il auprès de l’AFP, « il faut nous traiter comme des humains et pas comme des prisonniers ».

Un retour à Rome ?

Certains espèrent repartir avec le souverain pontife à Rome. François avait ramené douze Syriens avec lui en 2016​. Et cinquante migrants seront transférés de Chypre, où il vient de passer deux jours. La possibilité que certains demandeurs d’asile de Mavrovouni puissent l’accompagner en Italie n’a pas été exclue.

En plein vent, le camp de tentes a été érigé à la hâte il y a un an, sur un ancien champ de tir de l’armée de l’île égéenne, lorsque la structure de Moria, alors la plus grande d’Europe, a été détruite par les flammes. Quand l’île de Lesbos était la principale porte d’entrée de dizaines de milliers de migrants en Europe, François avait visité Moria en avril 2016 et avait symboliquement lancé : « Nous sommes tous des migrants ».

Un appel à la solidarité

Leitmotiv de son pontificat, la cause des réfugiés reste cette fois encore la pierre angulaire du 35e voyage du pape. Jorge Bergoglio, lui-même issu d’une famille de migrants italiens installés en Argentine, n’a de cesse de prôner l’accueil des milliers de « frères et sœurs », sans distinguer la religion, ni le statut de réfugié ou d’exilé économique.

Samedi, François a qualifié les migrants de « protagonistes d’une terrible odyssée moderne », dans un discours devant les dirigeants grecs. Le pontife argentin de 84 ans a aussi regretté que « l’Europe persiste à tergiverser » face aux arrivées de migrants « parfois bloquée » et « déchirée par les égoïsmes nationalistes », « au lieu d’être un moteur de solidarité ». Il s’exprimait à Athènes, où c’était la première visite d’un pape en 20 ans.