Donald Trump, ce troll qui terrorise les républicains
USA 2016•Le milliardaire fait actuellement la course en tête dans les sondages...
Philippe Berry
De notre correspondant aux Etats-Unis,
Sur Internet, la règle est pourtant bien connue : « Don’t feed the troll » (« Ne nourrissez pas le troll »). Mais alors que la présence médiatique de Donald Trump, construite à coup de déclarations incendiaires, l’a propulsé en tête des sondages chez les républicains, ses adversaires commencent à s’inquiéter. Car s’il n’a aucune chance de gagner, il a assez d’argent pour les faire perdre. Anatomie du phénomène.
INTERVIEW. « Donald Trump a les moyens de sa politique »
Une position de leader artificielle…
En un mois, Donald Trump a explosé dans les sondages, passant de la huitième position à la première, à 19 % d’intentions de vote, selon la moyenne de RealClearPolitics. Jeb Bush, le favori, se trouve loin derrière, à 13,4 % et le challenger Marco Rubio est dans les choux à 7 %. Mais comme l’explique l’expert en statistiques de Princeton, Sam Wang, ce type de sondages n’a aucune fiabilité quand il y a un peloton de 16 candidats. En 2012, les agitateurs Herman Cain ou Michele Bachmann avaient chacun atteint 20 % dans les premiers mois avant de s’écrouler.
… créée par une bulle médiatique
Selon Wang, les sorties de Trump sur les immigrés mexicains « violeurs » ou sur le statut de héros de guerre de John McCain ont créé « une bulle médiatique ». Entre la mi-juin et la mi-juillet, les journaux américains ont consacré 46 % de leurs articles sur les républcains au candidat milliardaire, rappelle Nate Silver sur FiveThirtyEight. Parallèlement, l’intérêt du public a atteint des niveaux record, à 62 % des recherches Google sur les candidats. Quel phénomène a entraîné l’autre ? Dur à dire. Selon Silver, ils se nourrissent l’un de l’autre dans un effet boule de neige. Mais selon les statistiques, Trump n’a aucune chance de remporter la nomination à cause d’un seul chiffre : ses opinions défavorables, bien trop élevées dans l’électorat républicain, à 43 %. Cela signifie qu’il n’a aucune réserve de voix, contrairement aux favoris.
Les favoris sur la défensive
Avant même le premier débat du 6 août, Trump pousse Jeb Bush et Marco Rubio sur la défensive sur l’immigration. Sa stratégie est simple (il veut construire un mur géant) et ses attaques, directes (ses adversaires, qui courtisent le vote latino, sont « faibles »). En face, l’establishment républicain peine à trouver le bon ton. Bush a dénoncé des remarques « racistes et ignorantes ». Huckabee l’a qualifié de « cowboy redneck » et Chris Christie estime que la candidature de Trump « endommage la crédibilité de la fonction présidentielle ». Leur problème, c’est que la base républicaine partage ses positions sur l’immigration, et soutient à une forte majorité les expulsions massives. Selon John McCain, la voix de Donald Trump résonne surtout du côté la frange des « crazies » (les fous) du parti républicain, les mêmes qui se rangent tour à tour derrière le Tea Party ou Sarah Palin, souvent unis par leur colère et leur rejet de Washington.
Donald Trump, le meilleur ami des démocrates
Le stratégiste républicain Rick Wilson sonne la charge dans un édito publié sur Politico. Selon lui, les supporteurs de Trump sont des « clowns » et « chaque minute consacrée » à répondre au milliardaire chevelu au lieu d’attaquer Hillary Clinton « endommage les chances du futur nominé républicain ». Car si Donald Trump est un parasite, il pèse assez lourd (10 milliards de dollars selon l’intéressé, 3 milliards selon Bloomberg) pour s’accrocher un moment. Jusqu’à un possible scénario cauchemar pour les républicains : une candidature indépendante comme troisième candidat. Dans une telle triangulaire, il siphonnerait environ trois fois plus de voix à Jeb Bush qu’à Hillary Clinton. Trollera bien qui trollera le dernier…