L'ADN d'un soldat mort pendant la Seconde Guerre mondiale analysé pour prouver sa nationalité

L'ADN d'un soldat mort pendant la Seconde Guerre mondiale analysé pour prouver sa nationalité

HISTOIREL'analyse de l'ADN du corps d'un soldat, enterré dans un cimetière allemand de la Manche pendant la Seconde Guerre mondiale, pourrait être celui d'un Canadien disparu il y a 69 ans...
20 Minutes avec AFP

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Le corps d'un soldat canadien engagé dans l'armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale puis porté disparu il y a 69 ans a peut-être été retrouvé... dans un cimetière allemand de la Manche. Des analyses ADN devraient trancher avant la fin de l'année.

Une première

«Ce serait une première» pour les cimetières allemands en France, si les analyses de l'ADN prélevé vendredi matin sur l'un des 12.000 corps de l'ossuaire allemand de Huisnes-sur-mer (Manche) devaient aboutir à revoir une nationalité, assure Lucien Tisserand, un des spécialistes des exhumations de la Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge, l'association qui gère les cimetières allemands.

«Les analyses ADN n'existent pas depuis si longtemps», précise Lucien Tisserand qui est aussi le conservateur d'un autre cimetière allemand, celui de La Cambe (Calvados) et qui raconte avoir rencontré il y a quelques mois le neveu du soldat canadien disparu.

Un corps dans une vareuse allemende

Dans le cas présent, «la présomption est forte. Le corps a été classé allemand parce qu'il était dans une vareuse allemande. La plaque d'identification avait comme souvent disparu. Mais les fiches anatomiques du corps et celle de l'oncle disparu présentent de nombreuses analogies», explique M. Tisserand.

Et si l'on en croit l'hypothèse émise par un historien amateur américain qui a aidé le neveu dans ses recherches, les indices sont nombreux. Lawrence S. Gordon serait mort le 13 août 1944 alors qu'il se trouvait, avec un canonnier décédé lui aussi, dans la tourelle d'une automitrailleuse près de Rânes dans l'Orne.

Des empreintes digitales relevées avant la mise en terre de son coéquipier permettront de l'identifier. Mais Lawrence S. Gordon, lui, aurait été désigné comme soldat allemand non identifié et aiguillé d'un cimetière provisoire américain vers un cimetière provisoire allemand.

Un corps «qui a beaucoup voyagé»

«L'identification d'un uniforme allemand sur une dépouille brûlée, enterrée, et restée en terre pendant plus de deux ans, balaye alors l'identification initiale d'un soldat inconnu américain faite le 16 août 1944 par les Américains qui manipulaient un corps brûlé mais non décomposé. Elle balaye aussi le témoignage selon lequel la dépouille fut extraite d'un véhicule américain», avance l'historien amateur, Alexis Boban, dans le rapport que s'est procuré l'AFP.

Mystérieusement, le portefeuille de Lawrence S. Gordon «taché de sang et endommagé par le feu fut retrouvé et envoyé à la famille mais sans que le corps ne soit pour autant officiellement retrouvé». Le «portefeuille ne comportait aucun élément d'identification à part quelques photos de Lawrence prises aux Etats-Unis avant son départ», selon le rapport.

Arrivé de Goron (Mayenne) à Huisnes-sur-mer en 1961, «c'est un corps qui a beaucoup voyagé si on peut dire», souligne Julien Hauser, délégué en France de l'association allemande.

Un oncle sans sépulture

Le neveu de Lawrence S. Gordon, qui porte le même nom que lui, ne découvrira qu'en 2000 que son oncle n'a pas de sépulture, lorsqu'il le verra inscrit sur le mur des disparus du cimetière américain de Saint-James (Manche), selon le rapport.

Si l'histoire encore hypothétique du Canadien semble bien singulière, nombreux sont en revanche les soldats à qui une nationalité a été attribuée sur la seule base d'un détail vestimentaire.

Le résultat d'ici la fin de l'année

Les résultats des analyses ADN effectuées au laboratoire de la police scientifique à Marseille devraient être connus d'ici à la fin de l'année.