Le passé des dinosaures ressort de terre
PALEONTOLOGIE•A Plagne, dans l'Ain, les curieux affluent sur le site des traces géantes de sauropodes...Carole Bianchi
Pelles et balais à la main, ils passent leurs journées le nez dans les empreintes de dinosaures. A déblayer, creuser et gratter minutieusement le moindre centimètre carré de sol calcaire.
Depuis le 1er juillet, trente étudiants encadrés par des chercheurs du CNRS de l'université Lyon-I mènent une première campagne de fouilles à Plagne, dans l'Ain, sur les plus importantes traces de sauropodes jamais découvertes.
Le parcours d'un sauropode sur de vastes étendues boueuses
L'existence de ce site, désormais baptisé «Dinoplagne», avait été révélée en octobre dernier et avait eu un retentissement international. Entre dix et quinze empreintes, pouvant atteindre 1,5m de diamètre, de ces herbivores à long cou sont restées conservées depuis 150 millions d'années. Au sixième jour de fouilles, quelques enseignements ont déjà pu être exploités. «Au départ, nous pensions que plusieurs bêtes avaient marché sur ce site qui ressemblait à l'époque à de vastes étendues boueuses, explique Jean-Michel Mazin, chercheur au CNRS. En fait, la piste explorée retrace le chemin d'un seul sauropode pesant entre 30 et 50 tonnes sur au moins 120 mètres.»
Une avancée qui permet aux groupes d'étudiants de prédire là où il y aura des traces. Mercredi, Kevin et Romain, 21 ans, étudiants en Sciences de la Terre, jouaient les éclaireurs. Et ont fini par tomber sur une nouvelle trace jusque-là recouverte. «Nous sommes récompensés de nos efforts», glissent-ils avec un grand sourire. Tous ont conscience de travailler sur un site exceptionnel. «Il y a beaucoup de boulot, témoigne Samuel, 19 ans, venu de Strasbourg. Les premiers jours, nous avons dû énormément déblayer, mais dès qu'on a un doute, les profs sont là pour nous répondre.»
Les portes ouvertes attirent la foule
Quelques mètres plus bas, Théo et Mathis, accompagnés de leurs grands-parents, observent avec attention les fouilles. Les mains pleines de dinosaures en plastique, ils égrainent les noms des bêtes par cœur. «On leur a précisé qu'on ne voyait que les traces, mais ils sont déjà très intéressés», souligne leur grand-mère.
Pour éviter que ces curieux ne s'éparpillent, l'équipe du CNRS propose des portes ouvertes du site chaque dimanche de juillet*. Le premier a attiré entre 600 et 800 personnes. «C'est formidable, cela montre qu'on ne travaille pas que pour nous-mêmes, souligne Pierre Hantzpergue, chercheur au CNRS, qui dirige la partie géologie et sédimentologie des fouilles. Cela nécessite aussi de protéger et valoriser ce patrimoine naturel. Et pourquoi pas l'intégrer à un circuit de sites paléontologiques à l'échelle jurassienne?»
Déjà dans les visites scolaires de l'an prochain
Même des enseignants de la région ont intégré Plagne dans leur futur programme. «On manque de scientifiques en France. Adapter nos cours à des découvertes récentes, c'est le meilleur moyen pour susciter des vocations », souligne Jean-Marc Langer, prof de SVT à Annecy.
La communauté de communes du Pays bellegardien semble très réceptive à l'idée d'aménager le site. Même, si, parmi les 124 habitants de Plagne, certains ne veulent pas voir leur village se transformer en «Jurassic park».