Eric Dupond-Moretti, un ministre « serein » face aux affres de la vie politique
GOUVERNEMENT•Un an après sa nomination à la Chancellerie et après une défaite aux régionales, Eric Dupond-Moretti pense à la suite de son travail au ministère de la Justice, en dépit d’une convocation en vue d’une mise en examen pour le 16 juillet
Vincent Vantighem
L'essentiel
- Eric Dupond-Moretti est visé par une information judiciaire pour « prise illégale d’intérêts » ouverte devant la Cour de justice de la République, en janvier.
- Après une longue perquisition dans ses bureaux la semaine passée, il va devoir se rendre devant les juges le 16 juillet pour être auditionné. Et il risque une mise en examen.
- En dépit de cette affaire, il se projette déjà vers la rentrée de septembre et les États généraux de la justice qu’il doit piloter à la demande d’Emmanuel Macron.
C’était le 29 septembre, sous les dorures du ministère de la Justice. Eric Dupond-Moretti avait convié les journalistes pour leur parler du « budget historique » qu’il venait de décrocher. Sauf que ceux-ci avaient surtout fait le déplacement pour l’interroger sur ses tensions avec les magistrats, en particulier avec ceux du parquet national financier. « Mais que ceux qui critiquent continuent à critiquer ! Que ceux qui chroniquent continuent à chroniquer ! Moi, je travaille… », bougonnait-il alors en guise de réponse. Avant de conclure : « Il y a le buzz ! Et il y a ce que l’on en fait ! Pour moi, tout est réglé… »
Pas exactement… Ce lundi, on a appris dans ce dossier que le garde des Sceaux était convoqué le 16 juillet pour répondre aux soupçons de « prise illégale d’intérêts » . Des soupçons qui font l’objet d’une information judiciaire de la Cour de justice de la République (CJR). Pas vraiment un cadeau alors que l’ancien ténor des barreaux célèbre mardi son premier anniversaire en tant que ministre.
Le ministre Dupond-Moretti venge-t-il l’avocat Dupond-Moretti ?
La vie est ingrate. Réforme de l’aide juridictionnelle, rédaction d’un Code pénal des mineurs, projet de loi pour restaurer la confiance des citoyens dans la justice… En 365 jours pourtant perturbés par l’épidémie de coronavirus, Eric Dupond-Moretti n’a pas ménagé sa peine. Il a ainsi défendu 17 textes différents devant le Parlement, égrainés dans un dossier de 37 pages constitué spécialement pour l’occasion par ses services.
Mais aujourd’hui, quand on prononce son illustre nom, tout le monde pense forcément à la perquisition qu’il a subie dans son propre bureau la semaine passée et au risque de mise en examen qui lui pend désormais au nez. Le ministre, pour sa part, est « serein », assure l'un de ses proches.
« Il ne faut pas être dupe des motivations politiques pour lesquelles toute cette procédure a été engagée, balaie son entourage. C’est une tentative de parasitage de son action par les syndicats. Une tentative qui ne l’empêche pas de travailler ! » Mais qui instille inévitablement le doute. Car les deux principaux syndicats de magistrats, qui ont déposé plainte (avec l’association Anticor), ont mis le doigt là où ça fait mal. Sur les soupçons de conflit d’intérêts entre l’ancien avocat qu’Eric Dupond-Moretti était et l’actuel ministre qu’il est aujourd’hui. Avec cette question lancinante : se sert-il de ses nouveaux oripeaux de ministre pour se venger des magistrats avec qui il avait maille à partir quand il portait la robe noire ?
Malgré le score des régionales, il reste un atout face au RN
Preuve que le problème n’avait pas été anticipé au sommet de l’État, il a fallu attendre le 23 octobre pour que Jean Castex signe un décret permettant à son ministre de « se déporter » à son profit des dossiers dans lesquels il était impliqué étant avocat. Trois mois et demi après sa nomination, donc…
« De toute façon, Dupond-Moretti est mort !, tranche un avocat qui ne l’a jamais porté dans son cœur. Maintenant, il ne peut plus revenir à sa vie d’avant. Et l’exécutif a bien compris qu’il était compliqué de maintenir un avocat au poste de garde des Sceaux. » Une analyse qui fait toutefois bien peu de cas de certains prédécesseurs d’« Acquittator ». Robert Badinter ou Georges Kiejman par exemple. Sans parler de Danton…
Et, surtout, qui fait bien peu de cas de la confiance que lui maintient Emmanuel Macron. Officiellement, l’Élysée ne commente pas les procédures judiciaires en cours. Mais, selon nos informations, le chef de l’État a fait savoir qu’il n’entendait pas lâcher son ministre. Peu importe qu’il n’ait recueilli que 9,13 % des voix lors des régionales : pour Emmanuel Macron, Eric Dupond-Moretti reste un pion essentiel de son dispositif anti-Marine Le Pen, en vue de la présidentielle de 2022.
Un homme populaire, capable de porter la contradiction aux idées du Rassemblement national. On imagine bien que cela a dû aussi jouer dans sa décision de lui confier les rênes des « États généraux de la justice », qui doivent avoir lieu fin septembre, début octobre. « Le ministre est déjà complètement tourné vers cette échéance », indique encore son entourage. A l’exception d’une petite partie de son cerveau, qui va quand même devoir préparer son audition prévue le 16 juillet…