Procès du père du tueur des Champs-Elysées: «L’alcool n’est pas créateur d’idées nauséabondes»
PROCES•Pour la deuxième fois en un mois, le père du terroriste des Champs-Elysées comparaissait pour « apologie du terrorisme » devant le tribunal correctionnel de Bobigny…
Caroline Politi
L'essentiel
- Le 4 janvier, il avait été condamné à 18 mois de prison dont six ferme pour « apologie du terrorisme » devant des policiers.
- Le prévenu a assuré avoir agi sous le coup de l’alcool et la tristesse d’avoir perdu son fils.
- Il a été condamné à dix mois de prison.
«Il n’y a toujours pas de haine de ma part, mais c’est important pour moi de voir la justice faire son travail », confie Étienne Cardilès, dans un soupir de soulagement, à la sortie de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Bobigny. Pour la seconde fois en moins d’un mois, le compagnon de Xavier Jugelé, le policier tué sur les Champs-Elysées en avril dernier, a fait face au père du terroriste, Salah Cheurfi. Tout comme le 4 janvier dernier, cet homme chétif de 66 ans était jugé pour « apologie du terrorisme » mais également pour « menaces de morts contre personne dépositaire de l’autorité publique ». Comme la dernière fois, c’est contre des policiers que cet homme a déversé ses propos haineux.
Les faits remontent au 28 avril 2017, une semaine après l’attentat, trois jours après l’hommage national rendu à la victime. Visiblement alcoolisé, cet ouvrier métallurgiste à la retraite s’est rendu devant le commissariat de Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis et a agressé verbalement des policiers. « Si mon fils ne l’avait pas fait, c’est moi qui l’aurais buté ce PD de policier », a-t-il déclaré à l’un d’eux avant de menacer de mort les fonctionnaires présents ainsi que le maire de Chelles (Seine-et-Marne), à qui il prêtait alors l’intention de refuser l’inhumation de son fils sur la commune, même si aucune décision officielle n’avait été rendue en ce sens. « Je me suis enfermé dans ma voiture, j’ai bu et au bout d’une heure, j’ai couru au commissariat », balbutie-il, appuyé à la barre du tribunal correctionnel. Puis d’ajouter : « Je suis parti en cacahuètes, je demande pardon, je ne suis pas quelqu’un de méchant. »
Les insultes homophobes ? Il dénonce l’attitude des proches de la victime
Ce passage à l’acte, il l’explique d’abord par une forte alcoolisation mais également par la peine d’avoir perdu son fils unique. Mais à la barre, ses propos sont confus. S’il dénonce l’attentat commis par son fils - « dans la famille, on n’est pas des assassins » -, il fustige les « treize balles » qui l’ont abattu. Puis part dans des explications confuses sur le sentiment qu’avait son fils « d’être harcelé par le système policier ».
Interrogé par l’avocat d’Étienne Cardilès sur le caractère homophobe de ses insultes, il dénonce alors l’attitude des proches de la victime « d’étaler « ça » [son homosexualité] » dans les médias. « Ne dit-on pas également que l’alcool désinhibe, lève un voile sur ce que l’on pense vraiment sans oser le dire », poursuit le conseil. Une nouvelle fois, le prévenu ne répond pas vraiment à la question, assure seulement que ses mots ne sont, en rien, le reflet de ses convictions. « C’est fou que ce soit moi qui dise ces mots-là quand même. »
Un parallèle frappant
Rappelant que son expertise psychiatrique n’avait décelé aucun trouble ni altération, la procureure a dénoncé cette excuse de l’alcoolisation, trop souvent entendue dans les tribunaux. « L’alcool n’est pas un créateur d’idées nauséabondes, c’est un révélateur » a-t-elle asséné. Quant à la douleur ressentie par la perte de son fils, si elle ne la minore pas, elle la met en parallèle avec les mots empreints d’amour et de paix prononcé par Étienne Cardilès pendant l’hommage national rendu à son compagnon.
Contre Salah Cheurfi, « qui se cache derrière la douleur », la magistrate a réclamé une peine de dix mois de prison. La présidente du tribunal l’a suivie, n’assortissant pas sa peine d’un mandat de dépôt.