L'ENA s'ouvre à la diversité
Yacine, Naïma, Soraya, Christophe, Basma, Dalila, Assiba. Sérieux comme des papes, en costume et tailleur, ils boivent en silence les paroles des ministres, venus hier leur souhaiter bonne chance. Quinze élèves issus de milieux défavorisés - sélectio...Laure de Charette
Yacine, Naïma, Soraya, Christophe, Basma, Dalila, Assiba. Sérieux comme des papes, en costume et tailleur, ils boivent en silence les paroles des ministres, venus hier leur souhaiter bonne chance. Quinze élèves issus de milieux défavorisés - sélectionnés sur dossier puis entretien parmi cent cinquante candidats - intègrent, pour cette rentrée, la toute nouvelle classe préparatoire au concours de l'ENA (Ecole nationale d'administration) à Paris. Après les conventions ZEP Sciences-Po et le programme « Une grande école : pourquoi pas moi ? » de l'Essec, la prestigieuse école française s'ouvre à son tour aux talents de la France d'en bas. Il y a urgence : les visages de la haute administration sont pâlots.
Dans un an, ces onze filles et quatre garçons sauront s'ils ont le niveau pour devenir énarques. « Je veux pas vous foutre la pression mais vous êtes un peu nos ambassadeurs. Alors vous devez réussir. On compte sur vous ! », lâche, avec son franc-parler habituel, Fadela Amara, secrétaire d'Etat à la Politique de la Ville. Manar, 25 ans, qui préfère taire son origine, rêve d'une carrière juridique en cour d'appel ou dans un tribunal administratif. Après un master à Sciences-Po Bordeaux et un autre à Lyon, pour partie suivi au Vietnam, le jeune boursier, passionné de rugby, a postulé sur Internet pour intégrer la prépa. « L'ENA me paraissait assez lointain. Mais j'ai entendu parler du dispositif dans les journaux, et je me suis lancé. Aujourd'hui, je suis bien décidé à réussir », soutient-il sur un ton très mature. A charge pour ces quinze élèves de réussir le concours en juin prochain, et d'éviter l'écueil du formatage. « Ne changez pas, gardez votre sensibilité », prévient Eric Woerth, ministre du Budget et de la Fonction publique. Bouille ronde et costume bleu marine, Christophe, 23 ans, Réunionnais, sort de Sciences-Po Paris. Son rêve ? Devenir préfet. Et « apporter un peu de soleil » dans la fonction publique. Qui en a bien besoin. W