« L’arnacœur de Tinder » français de nouveau interpellé

Faux amoureux et vrai escroc, « l’arnacœur de Tinder » français de nouveau interpellé

ENQUÊTEPendant près de dix ans, ce trentenaire s’est inventé une vie de richissime héritier et a séduit plusieurs femmes, vivant à leur crochet avant de disparaître. Déjà interpellé dans le Var en 2019, il a de nouveau été interpellé à Paris
Alexandre Vella

Alexandre Vella

L'essentiel

  • Aurélien A. un escroc français de 32 ans a de nouveau été interpellé, à Paris cette fois-ci.
  • Il séduisait des femmes en leur racontant une invraisemblable histoire et vivant à leur crochet.
  • Un profil à la Shimon Hayut, un escroc israélien rendu célèbre par la série Netflix L’arnaqueur de Tinder pour celui qui a aussi été surnommé « le Rocancourt du Var ».

Faux amoureux, vrai escroc. L’histoire d’Aurélien A., un trentenaire originaire du nord de la France, n’a rien à envier à celle de Shimon Hayut, un escroc israélien rendu célèbre par la série Netflix L’arnaqueur de Tinder, diffusée en 2022. Il est même possible que ce dernier ait été une inspiration pour celui qui, déjà arrêté et écroué dans le Var en 2019, a de nouveau été interpellé il y a quelques jours à Paris après le signalement de deux nouvelles victimes. L’une d’elles l’a reconnu en googlant sa fausse identité - James Kempiski - qui renvoie à des articles de France Bleu Provence, qui avait révélé l’affaire dès 2019.

« Il essaie de nous bananer »

A cette époque, le major Yann Zint a été le premier à confondre l’escroc à la faveur d’un banal contrôle routier réalisé à Fréjus, dans le Var. « Il était en voiture avec sa compagne, qui devait avoir trente ans de plus que lui, et lors du contrôle il est incapable de me présenter ses papiers. Il dit qu’il se les avait fait voler à Cannes, qu’il est Américano-Suisse et entendait justement aller déposer plainte. Mais je vois que quelque chose cloche. Il me donne un âge qui me paraît beaucoup plus élevé, qu’il est en partance pour Anvers où il doit acheter des diamants, il a flux de parole continue… Je me dis : "Lui, il essaie de nous bananer" », raconte le jeune retraité de la police nationale à 20 Minutes.

Le policier le ramène au poste pour une vérification d’identité. Mais James ne se démonte pas, y compris lorsque ses empreintes digitales matchent avec le profil d’un homme condamné en 2014 et recherché pour deux peines de prison de deux mois et de deux ans. « En audition, il n’a jamais reconnu sa véritable identité. Mais en off il m’a dit : ''Oui, c’est vrai, mais jamais je ne reprendrai mon ancienne identité.'' J’ai pensé : ''Ce mec. quand il sort, il recommence direct.'' »

Lorsque le major prévient sa compagne de la supercherie, celle-ci peine à le croire. Ni la double vie qu’il menait avec une top-modèle roumaine installée à Cannes, ni sa fausse identité, ni la grande vie qu’Aurélien A. menait sur ses finances depuis cinq ans ne la convainc de lâcher son jeune amoureux. L’emprise est totale, et cette dame l’aidera même à sortir de prison au bout de quelques mois en se portant garante. Une semaine après sa sortie, il détalait de chez sa bienfaitrice, « trop honteuse », estime le major, pour porter plainte, non sans emporter cartes bleues et objets de valeur.

Combien de femmes, James Kempiski, ou Charles Schneider – une autre de ses identités – a-t-il piégées ? A ce jour, huit victimes sont connues des services des polices, cinq Françaises, deux Belges et une Hollandaise. Mais il est très probable qu’il y en ait plus. « C’est un homme toujours habillé en costume – payé par ses victimes –, très classe, mince, avec un bagou incroyable, mielleux et prévenant. Son aspect juvénile inspire confiance. Il a aussi une assurance incroyable et des débuts de connaissances dans de très nombreux domaines impressionnants », décrit Yann Zint à 20 Minutes.

Organise son vrai-faux mariage

Son récit est bien ficelé. Il est l’héritier d’une riche famille, des Kempinski, une société de gestion d’hôtels de luxe, ou des Schneider – multinationale d’électronique, mais s’est fait voler ses papiers. Problème : pour refaire ses cartes bleues, il a besoin de sa carte d’identité dont la fabrication est bloquée aux US. En attendant, il mène grand train aux frais de ses victimes. « Il va assez loin dans sa couverture, allant jusqu’à s’envoyer des faux mails de l’administration américaine pour illustrer ses difficultés », poursuit le policier. A l’une de ses dernières victimes, une businesswoman hollandaise séduite, il promet même un mariage et va jusqu’à imprimer des faire-part qui seront retrouvés dans son sac lors de son arrestation.

La réalité est tout autre : en rupture familiale depuis son adolescence, Aurélien A, 32 ans à présent, est né à Armentières, dans le Nord, à la frontière belge. Une mère française, un père d’origine nord africaine et une enfance dans une banlieue un peu pourrie. « Ça en jette moins, c’est sûr ! », observe le policier. Il figure dans les fichiers de police depuis ses quatorze ans, d’abord pour des menus vols, des recels. Il effectue un premier passage en prison en 2014, et c’est à sa sortie qu’il abandonne sa vraie identité. Attrapé à Fréjus en 2019, il est de nouveau incarcéré en Belgique une poignée de mois début 2022, et reprend une fois libre ses arnaques depuis Paris jusqu’à son interpellation il y a quelques jours.

Cinquante mentions au casier

En dix années d’escroqueries, il est difficile d’essayer d’estimer les sommes détournées par l’escroc. En numéraire, entre les retraits en cartes bleues volées et les objets informatiques dérobés, cela se chiffre à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Mais il y a tout le confort matériel offert par ses victimes, logements, hôtels, restaurants, costumes… Un confort sur lequel Aurélien A. va devoir faire une croix le temps de son nouveau séjour en prison.

« Il a fait ça toute sa vie, des allers-retours en prison et des arnaques. D’abord sur la Côte d’Azur, puis une fois grillé ici, il est parti en Belgique, avant de retenter sa chance à Paris », analyse le policier qui ne doute pas entendre de nouveau parler de lui. Mais il va falloir qu’il se réinvente. Avec une cinquantaine de mentions dans son casier, difficile pour Aurélien A. de poursuivre sous ses trois identités connues, qui sont toutes renseignées dans les fichiers de la police. A sa sortie, il est probable qu’il parte à l’étranger. Le risque est qu’il s’aguerrisse en prison, et profite de ce temps pour peaufiner un nouveau personnage. « Kempiski, il le connaissait par cœur », note le major Zint.