La hausse des offres d’emploi selon Hellowork, l’arbre qui cache la forêt ?

Le baromètre Hellowork note une hausse des offres d’emploi, une bonne nouvelle en trompe-l’œil ?

INFO « 20 MINUTES »Le baromètre des offres d’emploi d’Hellowork, site d’offres d’emplois, montre un regain opportunités. Pour le moment.
Romarik Le Dourneuf

Romarik Le Dourneuf

L'essentiel

  • Hellowork, société qui référence les offres d’emploi sur Internet, publie son baromètre du premier semestre 2020, qui montre l’évolution des offres avant, pendant et après le confinement.
  • Depuis la sortie du confinement, le nombre d’offres d’emploi repart à la hausse, notamment dans le travail intérimaire. Mais cette évolution ne serait due qu’à la chute de l’offre pendant le confinement et ne présage pas du futur marché du travail à partir de septembre.
  • Selon Thomas Coutrot, membre des Economistes atterrés, le choc de la crise n’a pas encore réellement produit ses effets.

Qui dit choc économique, dit choc pour l’emploi. Et la crise liée au coronavirus ne fait pas exception. Quelques semaines après la sortie du confinement, Hellowork, société qui référence l’emploi, le recrutement et la formation sur Internet, publie son baromètre de l’évolution des offres d’emploi en CDI, CDD et intérim en France sur ses plateformes.

20 Minutes a demandé à David Beaurepaire, directeur délégué de Hellowork, et Thomas Coutrot, membre des Economistes atterrés, de décrypter ces tendances.

Les offres d’emploi repartent à la hausse

Pour réaliser son baromètre, Hellowork se base sur un indice 100, qui s’appuie sur les 340.000 offres d’emplois (CDI, CDD et Intérim) mises en ligne sur ses plateformes entre le 1er janvier 2020 et le 30 juin 2020. Et au regard des courbes, pas de surprise : le nombre d’offres est en augmentation depuis le début du mois de mai et la sortie du confinement. « Il y a eu une reprise des recrutements, mais le vrai redémarrage a été en juin », constate David Beaurepaire. Après mars et avril qui ont vu, logiquement, s’effondrer le nombre d’offres (jusqu’à – 57 points), les recrutements ont repris pour atteindre 90 points en moyenne en juin, soit presque le niveau du début d’avant la crise. David Beaurepaire précise : « On ne peut pas encore conclure à un retour à la normale, parce qu’il y a des recrutements et des créations de postes qui datent d’avant le confinement et qui ont simplement été reportés. » Fait notable, c’est dans l’intérim que la reprise est la plus forte en juin, avec un indice de 131.

Baromètre Hellowork
Baromètre Hellowork - Hellowork

Tous les secteurs ne sont pas à la même enseigne

Pour Thomas Coutrot, si l’intérim repart si fort, c’est parce qu’il a été le plus touché par le confinement : « Un secteur comme l’hôtellerie-restauration a presque tout stoppé. Comme la majorité des emplois y est en CDD ou en intérim et n’a pu être renouvelée pendant le confinement, ils ne font ici que reprendre. L’activité redémarre là où elle a été totalement interrompue. » « Il y a eu des besoins à couvrir pour redémarrer les chantiers et les chaînes de production. L’intérim permet de pourvoir des postes rapidement », ajoute David Beaurepaire.

Les deux experts mettent en avant d’autres secteurs qui ont eu besoin d’une reprise rapide : les sociétés de services (sécurité et nettoyage des entreprises), le transport, la logistique, l’industrie agroalimentaire et même l’automobile, même si ce dernier secteur est encore au ralenti. Point fort du mois de juin, la reprise du tourisme, gros pourvoyeur en travail intérimaire et en contrats à durée déterminée.

D’autres, en revanche, peinent à se relancer. Thomas Coutrot cite le secteur de l’électricité, le commerce et celui qui fait beaucoup de bruit dernièrement, l’aéronautique.

« Les effets du choc sont à venir »

Les courbes encourageantes des offres d’emploi sont-elles le signe d’une relance économique ? Trop tôt pour le dire, selon David Beaurepaire. Selon lui, rien dans ces chiffres ne permet de conclure à un retour à la normale : « Ça repart mieux que prévu et, s’il n’y a pas de nouvelle vague – de contamination –, on est en droit d’espérer que la tendance se poursuive. » Toutefois, il préfère tempérer : « Il est difficile de savoir si c’est un simple rebond technique ou une reprise durable. »



Pour Thomas Coutrot, ces chiffres sont trompeurs sur la situation de l’emploi d’après-crise : « C’est un phénomène temporaire, on devrait voir une diminution des offres à la rentrée. Et même sans doute dès le mois d’août. Les effets du choc sont à venir. » Selon l’économiste, le chômage partiel et les emplois saisonniers permettent pour le moment d’amortir l’effet de la crise à court terme et le gros de l’activité des entreprises n’est pas près de revenir : « Tout va dépendre de la reprise des investissements et de la consommation. Mais la confiance n’est pas revenue et la pandémie n’est pas terminée. »

Seule solution pour Thomas Coutrot : développer des plans d’investissements publics à long terme qui offriraient des perspectives de reconversion d’activités pour les entreprises et pour les travailleurs : « Pour cela, il faudrait plusieurs années de financements par la Banque centrale européenne, par la dépense publique ou par l’emprunt favorable avec les taux d’intérêt actuels. »