Marseille : C’est quoi ce projet d’extension de l’aéroport ?
TRANSPORT AERIEN•Une extension controversée de l’aéroport de Marseille va sortir de terre d’ici 2024
Mathilde Ceilles
L'essentiel
- L’aéroport de Marseille-Provence développe un projet d’extension d’une superficie de 22.000 m².
- Ce projet vise notamment à concentrer certaines fonctions en un même lieu et augmenter le nombre de commerces.
- Il fait toutefois l’objet d’un recours au tribunal administratif de la part d’associations environnementales et de riverains qui craignent une hausse du trafic.
Il y a pour l’heure un grand espace vide, entre le terminal 1 et le terminal 2. L'aéroport de Marseille-Provence a entrepris tout récemment des travaux afin de construire un projet de « cœur d’aérogare », reliant ses deux terminaux. Un projet qui n’est pas du goût de certaines associations environnementales et de riverains. 20 Minutes fait le point.
C’est quoi ce projet de « Cœur d’aéroport » ?
D’ici 2024, date à laquelle la ville de Marseille accueillera des épreuves des Jeux olympiques, un immense bâtiment de 22.000 m², construit entre l’actuel terminal 1 et l’actuel terminal 2, va sortir de terre. Par ailleurs, 28.000 m² de surfaces vont être réhabilitées, pour un coût total estimé à 180 millions d’euros. « Il faut savoir que le terminal A est semi-indépendant, c’est-à-dire qu’il a, par exemple, des points de sécurité spécifiques mais des salles d’embarquement communes, explique Philippe Bernand, le président du directoire de l’aéroport. Le traitement des bagages se fait au sous-sol. Tout est à l’avenant. L’idée est de centraliser les fonctions de filtrage, d’enregistrement et du traitement des bagages du terminal 1 dans un gigantesque hall d’enregistrement, avec par exemple, 18 postes d’inspection filtrage. »
Ce nouvel espace, qui se veut par ailleurs à la pointe des dernières exigences en matière environnementale, a également vocation à accueillir des espaces commerciaux après le contrôle de sécurité plus vaste que ce qu’offre l’infrastructure actuelle. « Il faut savoir que le rapport de rentabilité d’un espace commercial avant ou après les contrôles de sécurité va d’un à cinq, affirme Philippe Bernand. Avant de passer la sécurité, les gens consomment peu. Après, ils ont l’esprit plus libre. Le voyage a déjà commencé. » Dans cette configuration, l’actuel bâtiment du terminal 1 accueillerait uniquement des salles d’embarquement, selon Philippe Bernand.
Quel est le but ?
« Ce projet va permettre de rationaliser complètement le flux des passagers et des bagages », affirme Philippe Bernand, qui affirme que certaines salles d’embarquement se retrouvaient régulièrement « congestionnées ». Et de clamer : « Avant la baisse de trafic importante liée à la crise du Covid, même si l’aéroport n’était pas à sa pleine capacité concernant l’accueil de passagers, la tendance allait très clairement vers une dégradation de la qualité du service. Ainsi, par exemple, les passagers bénéficieront de plus de confort dans les salles d’embarquement, avec le respect des règles de distanciation sociale qui, on le pense, deviendront la norme. »
Par ses projets, l’aéroport entend s’aligner sur les standards des autres aéroports nationaux et internationaux, et ainsi poursuivre son développement. Pour rappel, en 2019, avant la crise sanitaire, l’aéroport de Marseille Provence avait accueilli un peu plus de 10 millions de passagers. Il est à l’heure actuelle le deuxième aéroport de la région, avec 4,5 millions de passagers attendus d’ici la fin de l’année.
Pourquoi est-il contesté ?
Ce projet d’extension fait l’objet d’un recours porté devant le tribunal administratif par un collectif d’associations, notamment d’association de protection de l’environnement, qui dénoncent un projet « au mépris des objectifs de réductions des émissions de gaz à effet de serre » Ces derniers, qui organisaient une action ce mercredi, craignent de plus que cette extension ne soit que la première pierre d’un projet plus global de hausse du trafic à l’aéroport de Marseille. « On ne surdimensionne pas un bâtiment si on n’a pas des projets d’extension, lance Florence Joly, porte-parole d’Alternatiba Marseille. Le projet est donc bel et bien capacitif. » « On est déjà survolé toute la journée par des avions, confie Patrick Borg, membre du conseil d’administration de l’association d’habitants des quartiers Nord Cap au Nord. S’il y a une hausse du trafic, ça va devenir juste insupportable ! »
« Le projet comportait dans une première version la construction d’une jetée embarquée, reconnaît Philippe Bernand. Cela permettait de créer une dizaine de postes avions. Ce projet n’est pas annulé, mais il a été différé dans le temps. Il n’est plus justifié compte tenu du trafic que l’on connaît ces derniers mois. »