Festival de Sundance: Avec le film français «Revenge», la chasse au porc est ouverte
CINEMA•Fable vengeresse ultra-violente, le premier long-métrage de Coralie Fargeat a été longuement applaudi par les journalistes, dimanche soir…
Philippe Berry
De notre envoyé spécial au festival de Sundance,
La chasse au porc est ouverte – non, on ne parle pas d’Harvey Weinstein. Mais alors que le festival de Sundance tente d’oublier le producteur emporté par la déferlante #MeeToo, le film français Revenge (7 février dans les salles), dans lequel une femme violée et laissée pour morte traque ses agresseurs au milieu du désert, a fait l’effet d’un électrochoc.
En France, 100 femmes emmenées par Catherine Deneuve défendent « le droit d’importuner ». Avec son premier long-métrage, Coralie Fargeat revendique le droit d’éventrer les porcs au couteau et de faire exploser les têtes au shotgun, sous les applaudissements des spectateurs. « C’est un cri contre 2.000 ans d’inégalités et de mentalités sexistes », confie la jeune réalisatrice, pour qui « le cinéma de genre peut être politique, subversif et cathartique ». « En France, on freine des quatre fers. Cette tribune des 100, aussi réac' qu’a côté de la plaque, a eu le mérite de réveiller en masse les voix qui défendent le changement ! »
« C’est le regard des autres qui objectifie la femme »
Souvent accusé de voyeurisme, le genre du rape revenge profite ici d’une perspective féminine et féministe salutaire. « Pourquoi tu ne m’aimes plus ce matin ? Tu m’aimais hier soir quand tu te frottais à moi en dansant », demande Vincent Colombe à Matilda Lutz, qui incarne une femme fatale attisant les convoitises de trois pères de famille réunis pour leur partie de chasse virile annuelle.
Compliments. Insultes. Violence. Vengeance. Avec un esthétisme primal à tomber, Coralie Fargeat, qui présentera son survival en France au festival de Gérardmer début février, ferait passer Quentin Tarantino et Park Chan-wook pour des gentils petits garçons. Celle qui s’est fait remarquer avec ses courts-métrages Le Télégramme et Reality + assume son choix d’avoir laissé Matilda Lutz en bikini pendant tout le film, telle une Lara Croft version Kill Bill : « C’est le regard des autres qui objectifie la femme. Il était très important pour moi de défendre sa liberté d’habiter son corps comme elle le veut. Ce n’est pas à elle de changer, c’est à ses agresseurs. » Amen !