Le mouvement des makers a-t-il pris en France?
INNOVATION•Si les fablabs se multiplient en France, la communauté des bricoleurs numérique a du mal à se développer...Coralie Lemke
Dans le cadre d'un partenariat avec 20Minutes, Ulule, Soon Soon soon et le fablab Woma lancent le concours Make it happen. Un appel à projet à projets créatifs pour tous les bricoleurs numériques, aussi appelés makers.
Selon le livre de Chris Anderson publié en 2012, ces créatifs ditigaux seraient les initiateurs d'une « la nouvelle révolution industrielle ». L'auteur prévoyait l’avènement d’un monde de makers, où tout le monde aurait sa petite usine sur son bureau. Quatre ans, après, qu’en est-il ? Qui possède un objet fabriqué grâce à une imprimante 3D ? Qui a déjà repéré le nouveau fablab au coin de sa rue ?
Premier obstacle, en France, le concept de maker a du mal à sortir du cercle des entrepreneurs et startuppers. Même sa définition reste floue. Le mot maker, que l’on peut traduire par inventeur ou « faiseur », renvoie à une génération de créatifs qui décident de lancer leur projet.
Pour Bertier Luyt, fondateur du Fabshop, un atelier de création innovant, « nous sommes tous des makers, même les enfants. Les hommes créent leurs outils, c’est un concept vieux comme le monde ». Quiconque pourrait donc être bricoleur et devenir membre de la grande communauté des makers.
Nicolas Bard, fondateur du fablab professionnel Ici Montreuil à Montreuil, en a une toute autre vision. « Attention, le maker n’est pas un simple bricoleur qui assemble quelques pièces de bois. Il y a forcément un aspect numérique. Même si c’est pour fabriquer une simple chaise. Elle doit, par exemple, avoir été modélisée par ordinateur. »
754% de croissance
Pour cela, l’étape du fablab est obligatoire. Selon un rapport de la Maker Faire de Paris, le nombre d’adhérents aux fablabs en France est passé de 390 en 2012 à 3334 en 2013. Toutefois, il faut considérer ces 754% de croissance avec précaution. « Il y a un tas de curieux qui prennent un abonnement, qui viennent dans les fablabs une fois mais qu’on ne revoit jamais car ils se rendent compte qu’ils ne savent se servir d’aucun outil », nuance Nicolas Bard.
Pour les novices, difficile en effet de mener un projet à bien quand on n’est jamais servi d’un scanner 3D ou d’un fraiseur numérique. « Il faut absolument suivre une formation ou se faire accompagner par un spécialiste », poursuit Nicolas Bard. « Voilà pourquoi pour l’instant, le grand public ne prend pas. »
Des fablabs partout en France
Si l’on peut difficilement se fier au nombre d’abonnés, le succès des fablabs , lui, ne se dément pas. Le nombre de fablabs existant en France est un bon indicateur de l’importance qu’a pris le mouvement. De 3 en 2010, la France est passée à 27 fablabs en 2014 selon le rapport « Etat des lieux et typologie des ateliers de fabrication numérique », publié par le Ministère de l’économie et du travail en 2014.
Idem pour le nombre de Maker Faire. Ces salons dédiés à l’innovation se sont multipliés. Le premier a eu lieu à Saint Malo en 2013. Après Paris en 2014, dix villes de France parmi lesquelles Bordeaux Perpignan Lyon Rouen et Strasbourg accueilleront une Maker Faire cette année.
aLes fablabs, eux, apparaissent aussi bien au cœur de villes, que dans les entreprises, ou même les écoles. « Aujourd’hui, une école sans fablab, c’est une école ringarde. Que ce soit en architecture, en ingénierie ou en design, c’est devenu un endroit incontournable », explique Bertier Luyt.
Se former rester indispensable
Sans être passé par une école dotée d’un fablab, il vaut mieux s’inscrire à une formation. A titre d’exemple, Ici Montreuil propose 25 cours, stages ou ateliers pour s’y mettre progressivement. Organisés même le soir en semaine ou le week-end, ils permettent aussi aux actifs de se former. Une première expérience qui peut servir de tremplin pour de futurs projets.
Si l’on ne trouve pas encore de maker à chaque coin de rue, leurs codes sont présents autour de nous. Les drônes, prothèses de main et autres scies laser ont envahi notre quotidien. « Tous ces codes renvoient au monde des makers. Ils ont été repris dans la publicité et sont omniprésents autour de nous », estime Bertier Luyt. Preuve que le climat ambiant est à la créativité. Même si la vague de nouveautés promises il y a quelques années ne s’est pas encore soulevée.