On a lu « Aliène » de Phoebe Hadjimarkos Clarke, prix du Livre Inter
PRIX LITTERAIRE•« Aliène » de Phoebe Hadjimarkos Clarke, paru en janvier 2024 chez du Sous-Sol, a reçu le prix du Livre InterBruno_30 membre de la communauté 20 Minutes Books.
L'essentiel
- Les lectures coups de cœur, ça se partage.
- Notre communauté vous recommande chaque jour un nouveau livre.
- Aujourd’hui, « Aliène » de Phoebe Hadjimarkos Clarke paru le 5 janvier 2024 aux Éditions du Sous-Sol.
Bruno_30, contributeur du groupe de lecture 20 Minutes Books, vous recommande « Aliène » de Phoebe Hadjimarkos Clarke, paru le 5 janvier 2024 aux Éditions du Sous-Sol et lauréat du prix du Livre Inter.
Sa citation préférée :
« De la transpiration qui jaillit pour un oui ou pour un non sous les bras, entre les fesses ; qui coule le long de la peau en chair de poule, qui macère dans les poils et qui pue. La peur fait puer, la peur empeste. Elle est infamante, elle empêche bien des choses. »
Pourquoi ce livre ?
- Parce que le jury du cinquantième prix du Livre Inter, présidé par Isabelle Huppert vient de couronner Phoebe Hadjimarkos Clarke pour son « Aliène ». De quoi redonner un nouvel éclairage à ce formidable roman, puissant et dérangeant, qui était paru en janvier 2024. Un poème dédié à notre part sauvage qui retentit comme un écho littéraire au film de Thomas Cailley, « Le règne animal », tandis que le style et le profil de l’autrice rappellent la violence écrite au féminin du roman « Solak » de la jeune Bretonne Caroline Hinault.
- Parce que tous les ingrédients d’un roman noir sont là pour ce qui pourrait être un nature-writing moderne et féminin, revisité à la française, un peu dans la veine de « La femme paradis » de Pierre Chavagné paru l’an passé. Mais non, la prose envahissante de cette surprenante autrice déferle et emporte tout sur son passage, empêchant le bouquin de se couler gentiment dans le moule habituel du roman rural.
- Parce que si la plume de Phoebe Hadjimarkos Clarke est résolument moderne et en prise avec notre temps, elle est surtout féroce, acérée, violente. Mordante pour faire un mauvais jeu de mots. Une plume capable de nous faire partager avec la même puissance la campagne boueuse, les séquelles des violences policières dans une manif, un bad trip en pleine forêt ou la peur d’une horde de chasseurs.
- Parce que c’est une plume qui n’a pas peur des mots et qui appelle un chien un chien, un sexe un sexe. Ça pue, ça dégouline, ça souffle, ça transpire, ça pourrit, ça suinte. Ça répond à l’appel de la forêt même si l’on est bien loin du classicisme d’un Jack London. Une nature vaguement inquiétante, étrange, qui lorgne du côté du fantastique quand est invoqué le mythe des chasses sauvages rappelant les armées furieuses de Fred Vargas. L’autrice vient avec force questionner notre monde où « c’est plus possible, faut tout maîtriser, faut rien laisser au hasard ou à la sauvagerie ».
- Parce que même si c’est un bouquin qui dérangera quelques uns (comme le film déjà cité) notamment quand les délires oniriques se font un peu trop envahissants, même si c’est un roman qui ratisse large : répression policière, chasseurs bas du front, écologie, thriller horrifique, violences masculines, et même télé-réalité (un clin d’œil de l’autrice à son premier roman « Tabor »), ça passe car on évite soigneusement la thèse prosélyte pour suivre avec angoisse et appréhension les peurs de l’héroïne.
L’essentiel en 2 minutes
L’intrigue. Des chasseurs gonflés à la testostérone. La rumeur d’une bête qui s’en prend aux troupeaux… Qui donc massacre les bêtes ? Un ours ? Un extra-terrestre ? Un chasseur lycanthrope ? Ou peut-être même la chienne clonée de Fauvel ? Qui donc est l’aliène ?
Les personnages. Fauvel, une jeune femme un peu paumée, perdue dans une campagne inquiétante. Hannah, une chienne (clonée dans un labo US !) un peu étrange. Mado une amie de longue date. Julien un chasseur. Mich chasseur d’extra-terrestres…
Les lieux. Cournac, bourgade champêtre d’une province anonyme avec son inquiétante forêt et le grondement lointain d’une usine qui pompe l’eau phréatique.
L’époque. De nos jours, on est résolument moderne et ancré dans le vocabulaire de notre temps.
L’auteur. À 37 ans Phoebe Hadjimarkos Clarke, poète et traductrice, vient de se voir couronnée du prix du Livre Inter pour ce qui est seulement son deuxième roman.
Ce livre a été lu avec beaucoup de curiosité pour ce « prix » qui fait beaucoup parler de lui. La prose puissante et dérangeante de cette auteure ne peut laisser indifférent. On est bousculé mais fasciné, on lit ça d’une traite.
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