« Fuir et revenir » de Prajwal Parajuly : L’Inde, invité d'un salon Livre Paris annulé (1/4)
INDE•« Fuir et revenir » de Prajwal Parajuly est paru en mars 2020 chez Emmanuelle CollasMarceline Bodier membre de la communauté 20 Minutes Livres.
L'essentiel
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- Aujourd'hui, « Fuir et revenir » de Prajwal Parajuly, paru le 6 mars 2020 aux Éditions Emmanuelle Collas.
- Ce roman indien aurait pu bénéficier l'un éclairage particulier lors de Livre Paris, où l'Inde était le pays invité, si le salon n'avait été annulé.
Marceline Bodier, contributrice du groupe de lecture « 20 Minutes Livres », vous recommande Fuir et revenir de Prajwal Parajuly, paru le 6 mars 2020 aux Éditions Emmanuelle Collas. Ce roman indien aurait pu bénéficier d'un éclairage particulier lors de Livre Paris, où l'Inde était le pays invité, si le salon n'avait été annulé.
Sa citation préférée :
« L'impermanence est une chose magnifique. »
Pourquoi ce livre?
- Parce qu'il nous parle d'une Inde que nous ne connaissons pas. Le chaurasi ? C'est la fête organisée pour les 84 ans de quelqu'un. La communauté des hijra ? C'est celle des transgenres, très organisée et visible. La domestique, Prasanti, en fait partie. Et ce n'est pas tout... La communauté transgenre a une existence établie ? Oui, mais l'homosexualité est inavouable. Dévoiler un secret de famille est une transgression ? Oui, mais se marier hors de sa caste aussi, et c'est mis sur le même plan... Bref, pour nous Occidentaux, le cadre mêle tradition et modernité d'une manière inédite.
- Parce que la crudité et la réserve ne sont pas mélangées d'une manière qui nous est habituelle. Un viol ? Tout est contesté, depuis sa véracité et sa gravité jusqu'au véritable auteur du récit qui en est fait, mais le seul crime qui ne reste pas impuni, c'est celui d'en avoir parlé ouvertement. La vie sentimentale de Prasanti reste mystérieuse ? Oui, mais c'est un homme opéré pour devenir une femme, et il/elle raconte ouvertement le mélange de fascination et d'angoisse qu'a provoqué l'opération, pendant laquelle il/elle était conscient/e. La retenue n'est pas toujours où on l'attend...
- Parce que pour le chaurasi, les petits-enfants se retrouvent, après 18 ans sans se voir. Ils ont tous transgressé la tradition de manière différente. Une des filles s'est mariée hors de sa caste. L'autre est diplômée d'Oxford, ce qui, pour sa belle-famille, n'est « rien de plus qu'un impressionnant rouge à lèvres rose ». Un des garçons est médecin et cache son homosexualité. Le dernier est auteur, et il s'est fait connaître en racontant des secrets de famille. Alors évidemment, ils doivent se retrouver, mais ils ont surtout envie d'être déjà au bout de cette semaine... A tort, ou à raison ?
- Parce que tout le dépaysement du monde n'empêche pas que ce livre nous parle aussi de nous. Les petits-enfants et la grand-mère se retrouvent, et peu importe le prétexte : leur mélange d'envie de se réconcilier et d'appréhension à l'idée de se dévoiler est typique des fêtes de famille - partout dans le monde. « Pendant longtemps, elle avait refusé de songer à l'énormité de cette réunion de famille, mais l'idée faisait son chemin à présent » : hors contexte, impossible de deviner la nationalité de la personne qui pense cela, et ça pourrait être vous ou moi !
- Parce que comment résister à un pays où on mange du murai, de l'aloo dum, du daal et des beignets dont le simple nom me donne envie d'en faire mon plat préféré, les sel-roti... Si les enjeux géopolitiques n'étaient pas si présents en arrière-plan de l'histoire, je pourrais affirmer sans complexe que le livre dépayse jusque dans l'assiette. Et d'ailleurs, pourquoi pas : la cuisine est un lieu où les guerres se déclenchent (à coups de cailloux dans le riz) et où la paix se rétablit autour d'un bol de nouilles. Fuir et revenir, certes, mais aussi, tout rejouer dans quelques mètres carrés...
L’essentiel en 2 minutes
L’intrigue. C'est l'histoire d'une famille qu'une fratrie a fait exploser : les raisons de tout quitter étaient plus vitales que les liens du sang. C'est aussi l'histoire d'une famille qui revient après dix-huit ans de diaspora : les liens qui l'unissent sont plus forts que ses raisons de fuir. Ambivalences...
Les personnages. Une grand-mère, deux frères, trois sœurs dont l'une, transgenre, ne fait pas partie de la fratrie, mais est quand même la petite-fille préférée... à ce stade, ne me dites pas que vous êtes largués : vous connaissez tout le monde – ou presque !
Les lieux. Fuir l'Inde et y revenir dix-huit ans plus tard ? Fuir les Etats-Unis, le Royaume-Uni, les terres d'exil pour revenir dans l'Inde natale ? Fuir de nouveau l'Inde pour revenir dans les terres où construire sa vie adulte est possible ? Se fuir et revenir à soi ? Le titre est bien plus complexe qu'il n'y paraît...
L’époque. L'intrigue, aux environs de l'an 2000, se situe dans une boucle du temps amorcée quand Bhagwati a quitté la maison avec un « basse-caste », et qui recommence un tour quand la fratrie se réunit de nouveau pour la première fois, dix-huit ans après. Un nouveau tour, ou une tangente ?
L’auteur. Prajwal Parajuly est un trentenaire indien qui a grandi dans l'Himalaya indien. Comme ses personnages ? En fait, on ne sait pas où s'arrête la réalité et où commence la fiction ; mais on sait que cet auteur écrit au plus près de sensations et d'émotions qui sonnent terriblement juste...
Ce livre a été lu avec le sentiment d'éternité que seuls peuvent donner les livres qui procurent à la fois le dépaysement et la possibilité de s'identifier aux personnages.
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