Le Web3 est-il au service de l’inclusion ?

Les oubliés du Web contre-attaquent... sur le Web3

INCLUSIONEn situation de handicap, ils s’emparent de la technologie blockchain et nous racontent
  Mathilde Saliou

Mathilde Saliou

L'essentiel

  • Ce mardi 15 novembre 2022 est paru le deuxième numéro de 20 Mint, notre média consacré au Web3.
  • Ce dernier a été élaboré en collaboration avec la communauté réunie sur le premier numéro.
  • Il est consacré à l’inclusion ; que ce soit des personnes en situation de handicap, des femmes, ou encore des personnes éloignées du numérique.

Qu’il soit physique ou mental, visible ou invisible, le handicap est fréquent : plus d’une personne sur sept est touchée dans le monde, 12 millions le sont en France. Parmi elles, certaines s’emparent du Web3, convaincues des opportunités qu’il ouvre pour les concernés comme pour sensibiliser à l’inclusion numérique.

C’est le cas de l’infirmière et artiste Syn Kitty, qui a subi un accident de voiture. Du jour au lendemain, elle doit cesser le travail. Elle ne peut plus peindre. « Je devenais folle, clouée au lit. Quand mon mari m’a donné un ordinateur, ça été une première délivrance : j’ai pu peindre de nouveau. »

Mais dans sa petite communauté australienne, les médias numériques ne sont pas vus comme de l’art au sens traditionnel. Alors, quand elle entend parler de Teia, « une communauté d’artistes passionnés », elle se plonge dans leur univers et découvre le Web3.

« Etre valide pour un instant »

Parmi ses interlocuteurs, Syn Kitty rencontre d’autres personnes non valides. « Quand vous êtes atteint de handicap moteur, vous êtes très dépendant de vos proches. C’est rare que vous rencontriez des personnes qui comprennent réellement ce que vous vivez. »

Dans le Web 2.0, il existe bien des groupes sur Facebook ou Instagram. « Mais ceux que je connais consistent surtout à se plaindre de ses difficultés, ça ne correspond pas du tout à mon tempérament. » Dans le Web3 règne un esprit entrepreneur qui lui plaît : il lui suffit de suggérer l’idée d’un guide de l’accessibilité à destination des designers Web3 pour que des acolytes la rejoignent et lancent le chantier. Handicapé moteur, le britannique Sabin a toujours dû se reposer sur les autres pour des tâches simples.

Une nouvelle source de revenus

Quand il découvre le Web3, lui aussi est fasciné par « l’esprit de communauté très fort, renforcé par l’aspect décentralisé ». Les applications du métavers l’attirent : « Avec un casque de réalité virtuelle, je peux marcher pour atteindre quelque chose, être valide pour un instant. » Convaincu, il décide, avec son frère, de lancer Disabled Apes, une collection de NFT et une communauté destinés à renforcer la visibilité des personnes en situation de handicap et à les accompagner dans le lancement de leurs entreprises dans le Web3.

« Ma neurodivergence m’a sûrement aidée à lire et à apprendre tout ce que je trouvais sur le sujet », sourit Mariquita de Boissière, une journaliste anglaise diagnostiquée autiste. Le Web3 lui semble tomber à pic : « Avec les réseaux sociaux, le Web 2.0 a aidé à sensibiliser sur les droits des personnes en situation de handicap. Le Web3, lui, fournit les outils de réunion et la possibilité de se créer des revenus en restant chez soi, idéal si l’on n’est pas en état de prendre un emploi de 10 heures à 18 heures. »

Et la barrière technique ? Tous admettent que la première marche peut être difficile à franchir, en particulier quand le handicap a freiné l’éducation ou l’acquisition de compétences numériques. Mais c’est cela qu’ils cherchent : faciliter l’accès au Web3 et alerter sur le besoin d’inclusion.